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Rasta Rockett, une légende jamaïcaine

Image du film Rasta Rocket

FILM – Le film « Rasta Rockett » (1994) de Jon Turteltaub (« Cool running » en vo) s’inspire de l’histoire réelle de quatre Jamaïcains venus participer aux Jeux olympiques d’hiver de 1988 à Calgary.

Le bobsleigh n’est pas une discipline qui a beaucoup inspiré les cinéastes. Dans leur ouvrage de référence « Sport et cinéma« , Gérard Camy et Julien Camy ne comptent que trois ou quatre films de fiction sur le sujet. Toutefois, l’un d’eux reste l’une des plus fameuses comédies de l’histoire du sport au cinéma, « Rasta Rockett » (1994) de Jon Turteltaub.

La Jamaïque aux Jeux d’Hiver

C’est à Calgary, en 1988, que la Jamaïque participe pour la première fois aux Jeux olympiques d’hiver. La patrie du reggae a en effet envoyé quatre hommes participer aux épreuves de bobsleigh. Dudley Stokes et Michael White participent d’abord aux épreuves de bob à deux, puis, avec Devon Harris et Chris Stokes, au bob à quatre.

L’idée de faire participer la Jamaïque aux compétitions olympiques de bobsleigh provient de deux hommes d’affaires américains. Ceux-ci sont installés en Jamaïque et découvrent les épreuves de push-car, de courses d’engins sur roulettes propulsés sur des pentes comme le bobsleigh. Le comité olympique jamaïcain est séduit par la publicité que procurerait ce défi et monte une équipe en octobre 1987 en sélectionnant parmi une quarantaine de militaires, quatre candidats.

Ceux-ci sont envoyés se former à Lake Placid où la fédération américaine leur fournit deux bobsleighs ainsi qu’un encadrement technique. Les quatre hommes s’entraînent également à Calgary puis à Igls, en Autriche, où ils participent à une épreuve de la Coupe du monde. L’Autrichien Sepp Haidacher devient leur entraîneur. 

Engouement médiatique

A quelques jours des Jeux, Caswell Allen se blesse durant un entraînement et est remplacé au pied levé par Chris Stokes, le frère de Dudley Stokes. Il participera à l’épreuve de bob à quatre… alors qu’il n’était jamais monté dans un bob auparavant. 

En 1988, la Jamaïque n’est pas la seule délégation à participer pour la première fois aux compétitions olympiques de bobsleigh. C’est également le cas des Antilles néerlandaises et des Îles Vierges. Dudley Stokes et Michael White terminent à la trentième place des épreuves de bob à deux, sur trente-huit participants. 

Devon Harris et Chris Stokes ont rejoint les deux autres hommes pour l’épreuve de bob à quatre, qui suscite un intérêt particulier de la part des médias américains. Le quatuor jamaïcain connaît quelques problèmes. Une barre de poussée se casse lors de la première manche. Lors de la deuxième, White ne parvient pas à s’installer dans le bob.

Lors de la troisième manche, alors que Stokes est blessé à l’épaule, le bob se renverse. Les quatre hommes terminent la course en poussant leur bob jusqu’à la ligne d’arrivée. Ils déclarent forfait pour la quatrième manche. L’épopée des bobeurs jamaïcains émeut le public américain. Elle servira de trame quelques années plus tard pour un film qui rendra cet épisode définitivement célèbre.

De la compétition au film

George B. Fitch, un des Américains à l’origine du projet olympique, a de la suite dans les idées. C’est lui qui imagine transformer cette aventure en film. Conçue à l’origine comme un film dramatique, Cool Runnings (Rasta Rockett en vf) devient une comédie réalisée en 1993 par Jon Turteltaub pour les studios Walt Disney.

Les scénaristes prennent quelques libertés avec la véritable histoire. Ils imaginent qu’au lieu d’être des militaires, les quatre hommes sont des athlètes qui ont manqué leur qualification pour les Jeux olympiques d’été à Séoul (ce qui est chronologiquement incohérent, puisque les Jeux de Calgary ont eu lieu avant les sélections jamaïcaines d’athlétisme).

L’idée de constituer une équipe de bobsleigh, plutôt que de provenir d’un homme d’affaires américain, serait celle d’un des athlètes, qui retrouve un peu par hasard un ancien entraîneur autrichien installé en Jamaïque. On découvrira que ce personnage, complètement fictif, a un passé très lourd qui resurgira pendant la compétition.

L’équipage jamaïcain connaît de multiples péripéties sous l’animosité teintée de racisme des autres délégations (chose que les véritables bobeurs ont toujours démenti). Le film reprend l’épisode de la chute du bob dans la troisième manche et intègre même un véritable extrait des images TV de la course. Les acteurs reproduisent ensuite la scène où les bobeurs terminent la course à pied. Si la réalité les a vu pousser leur bob jusqu’à la ligne d’arrivée, le film les fait porter l’engin sur leur épaules, une scène où les quatre hommes déchus sont applaudis par la foule et constitue un parfait happy end

L’important, c’est de participer

Denzel Washington et Eddie Murphy avaient été contactés pour jouer dans le film, mais ils n’ont pas donné suite. Les bobeurs Jamaïcains sont finalement interprétés par quatre acteurs américains : Leon Robinson, Doug E. Doug, Malik Yoba et Rawle D. Lewis. L’entraîneur autrichien est interprété par l’humoriste canadien John Candy, dont c’est l’un des derniers films (il est décédé en 1994). A sa sortie, le film a reçu un très bon accueil tant de la part du public que des critiques. On soupçonne facilement George B. Fitch d’avoir monté l’opération des Jeux de Calgary dans le but d’en faire un film.

Le succès de Rasta Rockett est tel que le titre sera souvent évoqué lors d’épisodes olympiques où un athlète peu expérimenté se distingue pour son courage plus que pour ses performances. On se souvient de Lamine Guèye, qui participe en 1992 aux Jeux d’hiver d’Albertville pour le Sénégal en réalisant le pire temps de l’épreuve de descente, ou de Éric Moussambani, le nageur équato-guinéen des Jeux d’été à Sydney en 2000, qui participa aux qualifications seul dans la piscine et recueilli les encouragement du public malgré un très mauvais chrono.

Par ailleurs, en 1988, en même temps que les Rasta Rocketts, le britannique Michael Edwards avait permis à la Grande-Bretagne de participer pour la première fois aux épreuves olympiques de saut à ski. Il a terminé bon dernier des épreuves des 70 et 90 mètres. Son histoire a inspiré le film Eddie the Eagle, réalisée par Dexter Fletcher et sorti en 2016.

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