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Grenoble 1968, le film non-officiel

13 jours en France

DOCUMENTAIRE – Le film « 13 jours en France » suit pendant près de deux heures les Jeux olympiques d’hiver de Grenoble. Ni film officiel, ni reportage sportif, un film hors du temps introuvable aujourd’hui.

L’auteur assure qu’il ne s’agit pas du film officiel des Jeux olympiques d’hiver de Grenoble, en 1968. Ce ne serait pas non plus un film sportif ou un film à thème. Simplement un film fait par des cinéastes qui se trouvaient, par le plus grand des hasards, à Grenoble, en février 1968.

La magie des Jeux de Grenoble 

La vérité est plus pragmatique. C’est l’ORTF, télévision publique française de l’époque, qui a demandé à Claude Lelouch et François Reichenbach de tourner des images de l’événement afin d’en garder une trace. Mais plutôt que de faire un simple reportage, les deux cinéastes ont choisi de raconter les Jeux à leur manière : avec beaucoup d’images, de musique, peu de commentaires et une grande liberté de ton.

13 jours en France” est un film très poétique. Ce documentaire plonge le spectateur au cœur des Jeux Olympiques d’hiver de Grenoble. Pendant presque deux heures, le film suit les compétitions, les athlètes, les paysages et l’ambiance de ces Jeux.

Il ne s’agit pourtant pas, à proprement parler, d’une rétrospective ou des meilleurs moments de l’événement. Le film se laisse porter de Chamrousse à Autrans en passant par Saint-Nizier, L’Alpe d’Huez, Villard-de-Lans et le stade de glace de Grenoble. Il montre les gestes, les regards, la tension, la joie, la déception… L’émotion prime sur les résultats.

Toi qui vient bousculer le temps

On retrouve bien entendu Jean-Claude Killy, le héros de ces Jeux. À vingt-quatre ans, le skieur français remporte trois médailles d’or, en descente, en slalom et slalom géant. Claude Lelouch a capté ses exploits et les diffuse dans le film au ralenti, accompagné par une chanson de Nicole Croisille.

Puisqu’il n’y a ni commentaires ni dialogues, la musique prend une importance particulière. Elle est composée par Francis Lai, et celui-ci a appelé quelques interprètes de renom. Pierre Barouh interprète quant à lui une chanson pour Peggy Fleming, inoubliable championne de patinage artistique, dont la tenue verte avait crevé l’écran. Les Jeux de Grenoble étaient les premiers à être diffusés en couleur à la télévision française. 

Le film prend souvent de la hauteur pour filmer les montagnes, les forêts enneigées, les drapeaux flottant au vent, les spectateurs emmitouflés… Ces moments contemplatifs renforce la poésie du film, loin du rythme habituel des retransmissions sportives.

13 jours en France“ s’intéresse à tous les personnages de ces Jeux : les champions, les perdants, les anonymes, hommes ou femmes, Français ou étrangers. Il suit également les bénévoles, les arbitres, les équipes techniques et même le chef de l’Etat, Charles de Gaulle, venu redorer son image dans un pays qui se tient calme. 

Interdit à Cannes

Le film sort en salles au mois de juillet 1968 mais ne connaît pas un grand succès. Entre-temps, la France a connu mai 1968 et c’est un autre monde qui s’est ouvert dans l’hexagone. Le film devait être projeté au Festival de Cannes, mais celui-ci a été abrégé de quelques jours à cause des événements. Claude Lelouch d’ailleurs avait accepté de ne pas le diffuser en solidarité avec les manifestations en cours. 

Il sera diffusé à Cannes quarante ans plus tard, en 2008, avec quatre autres films empêchés lors de l’édition de 1968. Avec le temps, “13 jours en France“ est devenu un film important dans l’histoire du sport au cinéma. Il reste très difficile à visionner. Il ne passe jamais à la télévision et il n’existe pas en DVD. Dans les années 1990, il avait été publié en VHS, exemplaires que les collectionneurs s’arrachent aujourd’hui. Seul le CIO possède aujourd’hui une copie. Selon Lelouch, le comité avait été déçu par le film. 

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