CHANSON – En 1983, Renaud se prend pour Tabarly, Pajot, Kersauson et Riguidel dans un chant marin autoparodique qui rend hommage à la mer et aux marins.
Au début des années 1980, Renaud atteint l’âge de trente ans et, avec cinq albums au compteur, est devenu un chanteur à succès. La médiatisation dont il fait l’objet a toutefois tendance à l’écraser un peu. S’inspirant d’autres chanteurs comme Jacques Brel ou Antoine, il rêve de mettre les voiles et de prendre le large au sens propre. Il se fait construire une goélette de quatorze mètres et embarque à l’automne 1982 avec sa femmes, sa fille de deux ans et des amis. Le voyage dure sept mois et passe notamment par les Antilles.
C’est pas l’homme qui prend la mer
L’expérience donne inévitablement à Renaud l’envie d’en écrire une chanson. C’est son amie Dominique Lavanant qui lui donne la phrase de départ : « C’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme« , une citation que l’actrice attribue à Joseph Kessel, mais qu’on ne trouve nulle part dans l’œuvre du journaliste aventurier.
C’est pourtant cette formule, selon Renaud, qui a conditionné la suite du texte. Le chanteur raconte ses aventures maritime non sans ironie et autodérision. La mer, c’est bien entendu la liberté, le voyage, l’aventure, mais aussi et avant tout les multiples galères.
Le marin d’eau douce a fréquenté beaucoup de navigateurs au long cours, notamment Tabarly, Pajot, Kersauson et Riguidel, les plus fameux skippers français de l’époque, qu’il cite en modèles dans son morceau. Sur le plan musical, Renaud s’inspire clairement du Santiano d’Hugues Aufray, dont il reprend d’ailleurs quelques mots « C’est un fameux trois-mâts…« .
Dès que le vent soufflera
Loin de se prendre pour un loup de mer, Renaud renforce le côté parodique de son morceau en écorchant la langue français dans le refrain : « Dès que le vent soufflera, je repartira. Dès que les vents souffleront je me n’en allerons« . En fin de morceau, il ajoute « de requin » à allerons puis « de lapin » qui n’a rien d’innocent. Le mot « lapin » est traditionnellement considéré comme de mauvais augure et la superstition maritime interdit de le prononcer sur un bateau. On peut dès lors considéré que Renaud joue soit la provocation, soit l’ingénuité, soit les deux.
La navigatrice Florence Arthaud, très attachée aux superstitions maritimes, aimait beaucoup la chanson de Renaud, mais ne supportait pas d’entendre le mot lapin. La légende dit aurait ainsi recouvert de vernis à ongles la bande de la cassette qu’elle emmenait à bord à l’endroit exact où le chanteur prononce le mot tabou.
Un autre passage du morceau, qui indique pourquoi « la mer, c’est dégueulasse » proviendrait d’un aventurier américain qui ne buvait jamais d’eau à cause de ce que les poissons pouvaient y faire dedans. Mais comme l’information provient également de Dominique Lavanant, elle reste à confirmer.
« Dès que le vent soufflera » paraît en 1983 en ouverture de l’album « Morgane de toi« , le sixième du chanteur enregistré à Los Angeles. Bien que n’étant jamais sorti en 45-tours, le morceau reste l’un des plus célèbres du répertoire du chanteur.





