FILM – Le Mans de Lee Katzin (1971) est un film tourné au cœur des vingt-quatre heures du Mans conformément au rêve de Steve McQueen. Malgré un succès discutable à sa sortie, il demeure l’un des meilleurs long métrages sur la course automobile.
Steve McQueen est l’un des acteurs les plus populaires au monde à la fin des années soixante. Il est également un passionné de course automobile, discipline qu’il pratique en amateur. Il rêve bien entendu de jouer un jour le rôle d’un pilote.
Le jour du champion
En 1965, Steve McQueen et le réalisateur John Sturges avaient tourné à Indianapolis les premières scènes de Day of A Champion pour le compte de la Warner. Le projet est toutefois abandonné, laissant le champ libre au Grand Prix de John Franken-Heimerque, produit par la MGM et qui sortira en 1966, avec un certain succès.
Steve McQueen n’abandonne pas. En 1969, il assiste aux 24 heures du Mans et laisse mûrir son idée. Il projette tout bonnement de s’inscrire à l’édition suivante, en 1970, afin de réaliser un film sur place. Pendant un an, il participe à diverses courses afin d’être idéalement préparé.
Le projet est de courir au sein d’une Porsche Spyder 908 équipée de trois caméras embarquées (deux à l’avant, une à l’arrière) dans le but de recueillir un maximum de prises de vues à l’intérieur de la course. Les assurances s’opposent toutefois à la participation de l’acteur à une telle course.
Ce sont donc Jonathan Williams et Herbert Linge qui, le jour de l’événement, se relaient sur la Porsche, terminant à la neuvième place malgré le temps perdu à recharger les caméras en pellicule neuves pendant les arrêts au stand. La légende veut qu’en dépit des interdits et du règlement, Steve McQueen aurait piloté le bolide quelques heures durant la nuit.
Steve McQueen rêve du Mans
Quelques semaines après la course, l’acteur revient au Mans avec une troupe de quelque deux-cents personnes, dont les acteurs Siegfried Rauch, Angelo Infanti et Elga Andersen, ainsi que vingt-cinq voitures de course et plusieurs tonnes de matériel.
C’est une véritable armée qui prend possession du circuit pendant plusieurs mois. Seulement, le scénario n’est pas encore finalisé. Alors que les producteurs envisagent une fiction romantique sur fond de course automobile, McQueen indique que c’est la course qui doit nourrir l’intrigue du film, et non pas le scénario. Après de longues négociations, on opte finalement pour l’histoire d’un pilote qui revient en course un an après un grave accident où l’un de ses amis a perdu la vie. Pour pimenter la chose, il entame une relation avec la veuve de cet ami.
En attendant un début de scénario, les voitures tournent sur le circuit, sous l’œil de vingt-cinq caméras fixées à des endroits clés. McQueen n’a toujours pas obtenu l’autorisation de rouler, et c’est donc le Suisse Joseph Siffert qui pilote la Porsche. Les plans avec McQueen au volant seront ajoutés par la suite, en raccords.
Un tournage chaotique
Plusieurs grands noms sont invités à intégrer le casting : Joseph Siffert, Jacky Ickx, Derek Bell, Mike Parkes, Masten Gregory, Jonathan Williams, Richard Attwood, David Piper, Jonathan Wild, Jean-Pierre Beltoise, Gérard Larrousse, Henri Pescarolo, Silvio Moser, Jean-Pierre Jabouille, Dieter Spoerry… Du beau monde, et donc un budget conséquent.
Le tournage est éprouvant. John Sturges, le réalisateur, claque la porte et c’est le plus docile Lee Katzin qui le remplace au pied levé. Les incidents de tournage sont nombreux. Le pilote britannique Derek Bell a le visage brûlé à la suite d’une scène d’accident. Son compatriote David Piper est victime d’un grave accident, bien réel celui-là, qui lui coûtera l’amputation d’une jambe.
Steve McQueen, ne veut rien d’autre qu’une course automobile la plus réaliste possible. Pas (ou peu) d’effets spéciaux, pas (ou peu) de dialogues, juste des voitures. En proie à des problèmes personnels (divorce, cocaïne…), l’acteur a l’humeur changeante et met l’équipe de tournage sur les nerfs. La production envisage même de le remplacer par Robert Redford. Le tournage s’éternise et l’acteur accepte de ne plus être payé afin que la production poursuive le financement du film.
La référence du film de sport automobile
Le film sort sur les écrans en 1971. C’est un échec sur le plan commercial, à tel point que Solar, sa société de production, devra déposer le bilan. Les cinéphiles sont partagés. Le Mans est plus proche du documentaire que du film d’action. Il manque de dialogues, d’intrigue et de héros. Les amateurs de sport automobile, en revanche, sont séduits par les superbes images de la course.
Même s’il n’a pas gagné d’argent et qu’il y a laissé un peu de sa santé, Steve McQueen gardera ce film comme un sommet de sa filmographie. La postérité lui donnera raison. Quarante-cinq ans plus tard, en 2015, John McKenna, Gabriel Clarke et Chad McQueen, fils de l’acteur, réalisent un documentaire sur le tournage du film, Steve McQueen : The Man et Le Mans.
Aujourd’hui, Le Mans est un film-référence de la course automobile. Ses images sont extrêmement soignées et le film se laisse regarder comme un documentaire. Il est resté dans la mémoire collective. En 2016, une bande dessinée a été tirée du film. La montre que porte Steve McQueen dans le film, et que l’acteur avait offert à un mécanicien, a été vendue aux enchères en 2020.
Sources et inspiration
- L’article « Le Mans, film culte » de Benoit Heimermann paru dans L’Équipe Magazine No1201 du 18 juin 2005.
- Le livre « SPORT ET CINÉMA » de Gérard Camy & Julien Camy (Amphora 2021)
- Le numéro 19 du magazine « Grand Prix » consacré au film
A propos de Steve McQueen et du Mans
- Consulter la page Wikipédia consacrée au film, très riche et fort précise.
- Lire l’article « Suivez pas à pas le légendaire tournage de Steve McQueen au Mans » (11/04/2020) de Olivier Renault sur le site Ouest-France
- Lire l’article « Le Mans, le film mythique mérite-t-il autant d’éloges ? » (31/10/2020) de Benjamin sur le site News d’Anciennes
- Lire l’article Le film « Le Mans » sur le site 24h Histoires du Mans
- Lire l’article « Steve McQueen aux 24 Heures du Mans » (05/01/2021) sur le site Ixo-collections
- Lire l’article « Six anecdotes de tournage autour du film Le Mans de Steve McQueen » (18/11/2021) sur le site www.24h-lemans.com
- Lire l’article « Ces films qui ont immortalisé les 24 Heures du Mans au cinéma » (03/05/2024) de Maxime Davoust sur le site Actu-Le Mans
Sport à lire

SPORT ET CINÉMA (Gérard Camy & Julien Camy)
La tumultueuse histoire qui lie le sport et le cinéma fait l’objet d’un ouvrage, une véritable bible qui recense, discipline par discipline, les long-métrages du septième art dont le sport est la trame principale. Un excellent travail de recherche et de documentation signé Gérard et Julien Camy.
« Sport & Cinéma » de Gérard Camy & Julien Camy (2021, Amphora). 460 pages. 245x315mm. EAN:9782757605189.






