Accueil / Geste / Smash : ce que le volley-ball doit aux Philippines

Smash : ce que le volley-ball doit aux Philippines

Volley-ball (Pixabay)

GESTE – Si le volley-ball a été créé aux États-Unis, son geste emblématique a vu le jour de l’autre côté du Pacifique, dans les îles Philippines. 

Le volley-ball est inventé en 1895 aux États-Unis par William G. Morgan, un professeur d’éducation physique qui cherche à créer pour ses élèves un sport moins violent que le basketball. Son jeu, à l’origine appelé mintonette, consiste à échanger une balle au-dessus d’un filet. L’équipe qui laisse rebondir le ballon donne un point à son adversaire.

L’arrivée du volley-ball aux Philippines

Le basket-ball (1891) et le volley-ball (1895) sont créés durant une période où le sport est diffusé comme programme éducatif sur tout le territoire américain, notamment grâce aux YMCA. Dans le même temps, les Etats-Unis s’emparent des îles Philippines au terme de la guerre hispano-américaine de 1898. L’occupant impose son mode de vie, sa culture et son système éducatif en y intégrant de nombreux sports comme le basketball, la boxe, le baseball, le tennis, le water-polo et le volley-ball.

Ces jeux deviennent rapidement populaires dans les écoles philippines, notamment le basket et le volley. Mais les joueurs locaux ne se contentent pas de reproduire ce qu’ils ont appris : ils commencent à adapter le jeu à leur propre style. Selon eux, le volley-ball manque d’agressivité offensive. Les échanges peuvent durer longtemps sans qu’aucune équipe ne prenne réellement l’avantage. Les joueurs philippins cherchent alors un moyen de rendre le jeu plus décisif.

En outre, les Philippins sont de taille moyenne. Plutôt que de rivaliser en vain face aux Américains plus grands sur le plan physique, ils développent un jeu basé sur la rapidité, la coordination, le timing, la détente et la technique collective. 

El bomberino

C’est de ces réflexions que naît vers 1916 une nouvelle combinaison offensive. Au lieu de renvoyer la balle, les joueurs philippins organisent l’attaque en deux temps : Un premier joueur fait une passe haute et précise près du filet ; un second joueur prend son élan, saute et frappe violemment la balle vers le sol adverse.

Cette attaque est appelée la bomba, et le joueur chargé de frapper est parfois surnommé le bomberino. Sans le savoir, les Philippins viennent d’inventer… le smash. Plus qu’une innovation, c’est une révolution. Le volley devient un sport d’attaque organisée plutôt qu’un simple échange.

Cette évolution entraîne d’autres transformations : le développement du rôle du passeur, la structuration des trois touches (réception, passe, attaque), l’apparition de tactiques offensives et une spécialisation progressive des postes. La discipline change radicalement de physionomie. 

Un héritage philippin

Ainsi le smash n’est pas né d’un avantage physique, mais plutôt d’une contrainte. Face à des différences de gabarit, les joueurs philippins ont misé sur l’intelligence de jeu plutôt que sur la domination physique. C’est un exemple classique d’innovation sportive : quand on ne peut pas gagner avec les mêmes armes, on change les règles du jeu par la créativité.

Aujourd’hui, chaque smash en match professionnel, chaque attaque rapide et chaque combinaison offensive portent indirectement l’héritage de cette innovation philippine. 

Étiquetté :

Répondre