GESTE – Le service à la cuillère, bien que tout à fait autorisé par les règlements du tennis, est rarement utilisé par les joueurs. Il faut dire que le geste reste très controversé.
Le geste n’a rien de compliqué en soi. Au lieu de propulser la balle d’un violent coup de raquette aérien, le tennisman au service cogne la balle jaune par en dessous et l’envoie rebondir mollement derrière le filet. L’adversaire surpris n’a pas le temps de rattraper la balle. Le service à la cuiller est l’équivalent du penalty à la Panenka en football. Il surprend l’adversaire par sa mollesse. La réussite du geste est conditionnée par le contexte et l’effet de surprise.
Underarm serve
Dans le tennis, le service est de plus en plus puissant. La balle atteint parfois plus de 200 km/h, ce qui force l’adversaire à se placer loin derrière la ligne de fond pour la réceptionner correctement et si possible la renvoyer. Et c’est au moment le plus inattendu que le joueur qui sert dégaine la underarm serve, service à la cuillère en anglais. La balle rebondit juste derrière le filet suffisamment loin de l’adversaire qui, en retard, n’a pas le temps d’intervenir.
Le geste est simple, mais le choix du moment où l’exécuter est un art. On n’utilise le service à la cuillère que lors des moments décisifs, sur un point qui fait basculer le match, quand l’adversaire l’attend le moins. C’est une arme à usage limité, elle ne marche souvent qu’une fois.

C’est le jeune Américain Michael Chang qui popularise le geste en 1989, en quart de finale du tournoi de Roland-Garros. A dix-sept ans, il joue le numéro un mondial Ivan Lendl, mais le match l’éprouve physiquement. Perclus de crampes, il est au bord de l’abandon lorsqu’au cours du cinquième set, il envoie un service à la cuillère que personne n’a vu venir. Lendl est surpris, court jusqu’à la balle mais rate sa relance. La foule explose. Le match change d’âme. Lendl est déstabilisé et Chang remporte le quart de finale. Il remportera même le tournoi cinq jours plus tard, devenant son plus jeune vainqueur dans l’histoire.
Fair-play or not fair-play ?
Dix ans plus tard, le geste est tenté par Martina Hingis, en finale dames du Roland-Garros de 1999. La Suissesse l’exécute contre l’Allemande Steffi Graf, chouchoute du public parisien, et récolte de nombreux sifflets du public, le même qui avait applaudit Chang à tout rompre dix ans plus tôt. Il est vrai que Chang l’avait tenté contre un champion peu populaire à Paris.
Le service à la cuillère disparaît ensuite pendant de longues années avant d’être remis au goût du jour par l’Australien Nick Kyrgios qui en fait une arme de sa palette tactique. Il l’utilise avec succès à Wimbledon contre Nadal, puis contre Djokovic. Le coup est ensuite adopté par d’autres champions tels Alexandre Bublik, Daniil Medvedev et Andy Murray.
Victime du service à la cuillère, Rafael Nadal avait dénoncé un “manque de respect” de la part de Kyrgios. Le geste, bien que tout à fait autorisé par les règlements, relance inévitablement les notions du fair-play. Faute d’avoir été utilisé par un seigneur de la discipline, le service à la cuillère reste aujourd’hui considéré comme une arme du faible.




