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La légende du petit cheval

Jappeloup (film 2013)

FILM – En 2013, Christian Duguay et Guillaume Canet s’emparent de l’histoire de Pierre Durand et son cheval Jappeloup, champions olympiques d’équitation en 1988. Au risque d’écorner la vérité historique.

L’histoire de Jappeloup, ce cheval un peu capricieux mais tellement doué, avait ému la France entière lorsqu’il remporta, avec son cavalier Pierre Durand, la médaille d’or du saut d’obstacles aux Jeux olympiques de Séoul en 1988. Quatre ans plus tôt, à Los Angeles, lors du concours par équipe, le cheval avait refusé un obstacle et envoyé son cavalier dans le décor avant de galoper, seul et affolé, à travers le parcours devant les caméras du monde entier. 

Scénario réécrit

Il semblait dès lors inéluctable que le cavalier allait vendre ce cheval, trop petit et trop imprévisible, en vue des échéances futures. Mais Pierre Durand a voulu garder Jappeloup. L’homme et l’animal ont appris à composer ensemble et à se donner confiance. La victoire de Séoul viendra ponctuer d’or cette complicité. 

Une telle histoire ne pouvait que séduire les producteurs de cinéma. C’est le réalisateur canadien Christian Duguay qui propose à Pierre Durand de reprendre son histoire, et celle de Jappeloup, sur grand écran. Le cavalier se prête au jeu et le réalisateur s’inspire de l’autobiographie du champion pour rédiger un premier scénario.

Pour jouer le premier rôle, du moins celui du cavalier, le réalisateur fait appel à l’acteur Guillaume Canet. Celui-ci est lui-même passionné d’équitation, qu’il a pratiquée dans sa jeunesse avant qu’une chute ne l’oblige à renoncer. Il s’implique tellement dans le projet qu’il en réécrit le scénario, avec l’accord de Pierre Durand.

Sept chevaux pour jouer Jappeloup

Le film bénéficie d’un casting de choix : Daniel Auteuil joue le père du héros, Tchéky Karyo celui d’un entraîneur contesté et Jacques Higelin celui du premier propriétaire de Jappeloup. Le rôle était prévu pour Jean Rochefort, grand amateur d’équitation lui aussi, mais retenu par un autre tournage, il n’a pu assurer le rôle et s’est contenté d’un caméo.

Il convient de noter que le personnage joué par Higelin ne porte pas le vrai nom de l’éleveur qui a vu naître Jappeloup. L’intéressé estime que l’histoire déforme trop la vérité et trouve notamment le personnage censé le représenter quelque peu dégradant. Enfin, pour jouer Jappeloup, la production a fait appel à sept chevaux différents, chacun portant l’une des caractéristiques du champion. 

Bien entendu, comme tous les biopics, “Jappeloup” le film prend quelques libertés avec la réalité. Les scénaristes cherchent notamment à renforcer l’émotion en faisant mourir le père du cavalier juste avant Séoul (alors que celui-ci est décédé beaucoup plus tard, en 2012, à l’époque où est tourné le film).

Anachronismes et relectures

Quelques personnages sont plus ou moins fictionnels, comme la jeune palefrenière impeccablement interprétée par Lou de Laâge. Dans la réalité, la palefrenière Bernadette Robin ne travaille avec Pierre Durand qu’à partir de 1985, et n’a donc jamais vu naître Jappeloup. On passera sur la confusion des noms de ville, entre Saint-Savin et Saint-Seurin, et le sponsoring omniprésent d’Equidia, une chaîne de télévision qui n’existait pas dans les années 1980. 

Quant aux épreuves olympiques, le scénario mélange les situations des concours par équipes et concours individuels. Au moment du titre olympique, le film fait passer le cavalier en dernier alors qu’en réalité, la victoire de Pierre Durand n’a été effective que lorsque l’Allemand Karsten Huck, passé après lui, a commis une faute.

Enfin, il y a cette scène absurde où Guillaume Canet lève les bras en l’air au moment de franchir l’obstacle. Certes, à Séoul, Durand avait bien exulté après le parcours sans faute de son cheval, mais seulement quand son tour était terminé. La volonté d’amplifier l’aspect spectaculaire d’un geste historique, c’est le genre de détail qui gâche sérieusement le plaisir du spectateur.

Christian Duguay et Guillaume Canet n’ont donc pas hésité à triturer l’histoire pour dégager un maximum d’émotions dans leur film. Le résultat laisse dubitatif. Malgré de grands renforts de scènes poignantes, le film ne nous émeut jamais autant que la réalité. Il suffit de revoir les images d’archives, celles du titre mais aussi celles de la chute de Los Angeles, pour constater que le récit de fiction ne parviendra jamais à donner autant d’émotions que celui de la réalité.

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