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Harlem Globetrotters, quand le sport devient spectacle

Harlem Globetrotters

Les Harlem Globetrotters sont probablement l’équipe de basket la plus célèbre du monde. Symbole absolu du sport-spectacle, leurs tournées drainent toujours un public nombreux dans n’importe quel pays du monde. 

Lorsque le promoteur américain Abe Saperstein fonde en 1927 les Harlem Globetrotters, aucun des joueurs ne provient de Harlem et peu d’entre eux sont sortis loin de leur pays. A l’origine, il s’agit d’une équipe de Chicago entièrement composée de basketteurs noirs, le Savoy Big Five, une formation locale qui évolue dans la Negro American Legion League. 

Au coeur de la ségrégation

Le choix du nom « Harlem » n’est pas anodin : il renvoie au quartier mythique de New York, épicentre de la culture afro-américaine, et est choisi afin d’attirer un public blanc curieux de l’exotisme noir, dans le contexte de la ségrégation raciale qui règne aux États-Unis. Les Noirs sont alors exclus des ligues professionnelles blanches, et les Globetrotters deviennent une opportunité pour ces talents bannis des grands circuits.

Dans les années trente, les Globetrotters sont une équipe de très bon niveau qui présente un taux de victoires très élevé. En 1934, ils remportent 152 matchs pour seulement 2 défaites. Leur supériorité est confirmée lors du World Professional Basketball Tournament en 1940 où ils décrochent le titre aux dépens des Chicago Bruins. 

C’est à cette époque qu’émerge Inman Jackson, un pivot charismatique qui invente déjà des gestes ludiques, comme des passes entre les jambes, pour désarçonner les adversaires. Les joueurs prennent conscience que pour attirer le public, ils doivent autant divertir que gagner.

Propagande et basket-spectacle

Sous l’influence de joueurs tels que Goose Tatum dans les années quarante, les Harlem Globetrotters se permettent quelques facéties qui amusent le public. Tatum, un géant au charisme irrésistible, excelle dans les dribbles à l’aveugle et les no-look passes, transformant les matchs en sketches improvisés. Peu à peu, ces écarts deviennent leur marque de fabrique et les joueurs se préparent de véritables numéros de cirque. 

C’est ainsi que les Harlem Globetrotters glissent de la compétition au spectacle pur. Ils restent encore une équipe compétitive à la fin des années quarante. Ils battent notamment, en 1948, les Lakers de Minneapolis, champions de la toute nouvelle NBA, menés par George Mikan. Ce double succès (91-69 et 61-59) prouve que les Noirs dominent le basket mondial malgré la ségrégation. La jeune NBA attire alors les meilleurs joueurs et les Harlem Globetrotters voient leurs stars quitter le nid, comme Nat Sweetwater Clifton qui signe en NBA en 1950. 

La même année, l’équipe embarque pour une tournée en Europe où les joueurs popularisent le basket sans perdre leur goût pour le show. Ils jouent jusqu’en URSS devant Staline puis quelques années plus tard devant Khrouchtchev. Le pape Pie XII assiste également à leur spectacle à Rome. Plus que des ambassadeurs du sport US, ils sont les outils de la propagande américaine pendant la Guerre froide, alors même que les Noirs sont toujours discriminés sur le sol étatsunien. En France, dès 1950, les Harlem Globetrotters enflamment Paris et Marseille avec des exhibitions qui se poursuivront dans l’hexagone où ils restent très populaires.

Déclin sportif

Toutefois, leur niveau sportif décline sérieusement. Les Harlem Globetrotters sont plus proches de l’entreprise de spectacle que d’une franchise de sport. L’équipe entreprend de nombreuses tournées avec dans ses bagages une équipe de faire-valoir, les Washington Generals.

En 1970, les studios Hanna-Barbera créent une série animée qui met les basketteurs en scène aux côtés de leurs mascottes, les Whizzing Sizzlers. Le succès des vingt-deux épisodes renforce la popularité de la marque. 

Aujourd’hui, les exhibitions des Harlem Globetrotters sont clairement orientées spectacle. La troupe, détenue depuis 1993 par des sociétés de divertissement, tourne inlassablement autour du monde avec des joueurs issus d’universités ou d’anciens professionnels. A défaut de provenir de Harlem, ils sont devenus de véritables Globetrotters.

Un show en partie écrit d’avance 

Si de nombreuses séquences sont mises en scène, certaines phases de jeu ne sont pas feintes : systèmes offensifs, tirs à 3 points, dunks contestés. Dans l’absolu, les spectacles sont aussi des rencontres que les Globetrotters pourraient perdre. C’est d’ailleurs déjà arrivé en deux occasions dans le passé : en 1971, les Generals l’avaient emporté 100-99 à North Carolina, brisant une série de 2.495 victoires. En 1995, c’est une équipe All-Stars montée autour de Kareem Abdul Jabbar qui l’emporte 91-85. Deux revers qui ont le mérite de démontrer que le show des Harlem Globetrotters reste un événement sportif.

Le show va délibérément au-delà des règles strictes du basket NBA ou FIBA. Frapper le ballon du pied (kick ball), du poing, dribbler à genoux ou simuler des travelling exagérés sont des situations courantes avec les Globetrotters, tolérées par les arbitres complices alors qu’elles sont interdites en match officiel. Le show permet aussi à l’équipe d’intégrer des éléments féminin, la première étant la championne olympique Lynette Woodard en 1985.

Un symbole culturel intemporel

Les Harlem Globetrotters restent malgré tout reconnus par le monde du sport américain. Ils ont été intronisés au Naismith Memorial Basketball Hall of Fame, temple de la renommée du basket américain, tout en ayant leur étoile sur le Hollywood Walk of Fame, une distinction plutôt réservée aux vedettes du spectacle. 

Après avoir incarné à leurs débuts la résistance noire face à la ségrégation, les Harlem Globetrotters font d’une pratique sportive un véritable spectacle, comparable au catch. Alors qu’ils approchent leur centenaire en 2026, ils restent l’exemple le plus abouti du sport associé au spectacle. Toutefois, l’équipe a très officiellement demandée à être intégrée dans la ligue NBA.

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