NOMS – Aux Etats-Unis, certaines franchises doivent abandonner leur nom historique en raison de leur caractère péjoratif, voire raciste, envers les communautés amérindiennes.
Depuis de nombreuses années, le sport américain est confronté à un épineux problème. Les équipes de basket, hockey, baseball et football américain se choisissent des noms qui évoquent les particularités de leur ville ou de leur histoire, mais aussi, par défaut, des notions de courage et d’identité.
Appropriation culturelle
Ainsi de nombreuses franchises ont opté pour un nom qui fait référence à la culture amérindienne. Mais les communautés concernées goûtent peu à cette appropriation culturelle et surtout l’exploitation péjorative qui en est faite. Les Amérindiens sont souvent représentés de manière caricaturale. Plusieurs franchises ont été contraintes de changer de nom (Indians, Redskins, Eskimos…), alors que d’autres (Braves, Blackhawks, Warriors, Chiefs…) ont trouvé une argumentation pour le préserver.

La franchise de baseball des Braves est créée à Boston en 1871. Le nom se veut un hommage à la bravoure des guerriers amérindiens. L’équipe déménage à Milwaukee en 1953 puis rejoint Atlanta en 1966. C’est la seule franchise à avoir remporté le titre dans trois villes différentes (Boston en 1914, Milwaukee en 1957 et Atlanta en 1996 et 2021). En 1945, elle adopte comme logo l’image d’un guerrier amérindien, qu’elle conserve jusqu’en 1987, où le personnage est remplacé par un tomahawk. A l’arrivée de la franchise à Atlanta est créée la mascotte Chef Noc-A-Homa, un chef amérindien en tenue traditionnelle. On lui adjoint en 1983 un personnage féminin, Princess Win-A-Lotta, mais les deux disparaissent en 1985, non pas sous la pression de la controverse mais parce que les acteurs refusent de reprendre le rôle à la suite d’un désaccord financier. A ce jour, en 2025, la franchise d’Atlanta porte toujours le nom de Braves, arguant qu’il s’agit d’un hommage.

A Cleveland, la franchise de baseball créée en 1900 a adopté le nom de Indians en 1915. La mascotte de l’équipe, créée en 1946 et redessinée en 1950, est Chief Wahoo, un personnage amérindien considéré comme une caricature raciste et stéréotypée. Dans les années 1990, sa présence sur la tenue des joueurs est de plus en plus contestée. En 1998, une effigie est brulée dans les tribunes lors du match d’ouverture de la saison. En 2016, le personnage est remplacé par un “C” (comme Cleveland) comme logo de la franchise, puis en 2019 sur sur la tenue des joueurs. En 2021, la franchise change son nom plus que centenaire par Cleveland Guardians.

En 1926 à Chicago est créée une franchise de hockey sur glace qui adopte le nom de Blackhawks. Le nom est inspiré du surnom des soldats d’une division d’infanterie américaine de la Première Guerre mondiale. Or, ce surnom fait lui-même référence au chef amérindien Black Hawk (1767-1838), une grande figure de la guerre contre l’armée américaine. Le logo de la franchise utilise toujours, à ce jour, l’image d’un chef amérindien, ainsi qu’un tomahawk. Le site The Hockey News a même élu en 2008 le logo comme le meilleur de la NHL.

En 1933 est créée à Boston une franchise de football américain qui adopte le même nom que l’équipe de baseball, les Braves, avant d’opter pour les Redskins au bout d’un an. Le nom fait référence aux Peaux-Rouges, un terme qu’utilisaient les blancs pour désigner, de manière péjorative, leurs ennemis amérindiens. La franchise déménage en 1937 à Washington où elle conserve le nom. Un logo est créé en 1971 qui représente un chef amérindien directement inspiré de John Two Guns White Calf (1872–1934). En 1992, la franchise, devenue l’une des plus prestigieuses de la ligue, fait l’objet d’une plainte pour son nom considéré comme injurieux pour les communautés amérindiennes. Un long combat judiciaire de plus de trente ans s’engage. La franchise refuse de changer de nom jusqu’en 2020, où elle cède sous la pression de ses sponsors. Elle évolue aujourd’hui sous le nom de Washington Commanders.

La franchise de basketball des Warriors est créée en 1946 à Philadelphie puis est déplacée en 1962 à San Francisco. Elle adopte le nom de Golden State Warriors en 1970. Le terme de warrior signifie guerrier mais fait référence aux Amérindiens et à leur légendaire combativité. A l’origine, le logo de la franchise représente un guerrier amérindien. A San Francisco, le nouveau logo représente une coiffe typique alors que la lettre i représente en pointe de flèche. Toute référence à la culture amérindienne est bannie dès 1969, mais la franchise conserve le nom de warrior en le déconnectant de sa signification d’origine.
En 1963, Kansas City (Missouri) accueille la franchise de football américain des Texans en provenance de Dallas et lui attribue le nom de Chiefs. Si le terme de chef fait, dans la culture américaine, souvent référence aux amérindiens, le nom choisi par la franchise serait plutôt une allusion au surnom de Harold Roe Bartle, le maire de la ville qui a œuvré pour attirer la franchise dans sa ville. Toutefois la franchise utilise bien des motifs amérindiens comme mascotte et sur ses logos, tout comme les supporters qui adoptent les déguisements et les chants. En août 2020, la franchise interdit toute référence amérindienne dans son stade, mais préserve son nom.
En 1949 est fondée à Edmonton, au Canada, une franchise de football canadien, qui prend le nom d’Eskimos, un terme utilisé par les colons européens pour désigner les Inuits, les Yupiks et autres peuples autochtones de l’Arctique. Ce mot est aujourd’hui considéré comme péjoratif. La franchise d’Edmonton, bien qu’elle n’ait jamais utilisé la représentation eskimaude dans ses logos, décide de changer de nom en 2020. Elle évolue aujourd’hui sous le nom de Edmonton Elks.
En 2005, un rapport de la NCAA, National Collegiate Athletic Association, considère que l’utilisation des noms et d’images faisant référence aux Amérindiens ont un caractère raciste. En 2008, l’université de l’État de l’Arkansas, dont les équipes sportives portent le surnom de Indians, change celui-ci en Red Wolves. En revanche, l’université de l’Etat de Floride conserve son nom de Seminoles en accord avec les représentants de la tribu en question.
A ce jour, la controverse ne concerne que les représentations amérindiennes. Certains noms qui désignent des ethnies, comme les Aztecs (université de San Diego), les Ragin Cajuns (université de Louisiane) ou les Fighting Irish (Université de Notre-Dame-du-Lac) ne sont pas visées.





