Le Président de tous les footeux


POLITIQUE – Même s’il n’aime pas toujours le foot, le Président de la République ne néglige jamais d’associer son image au ballon rond. Il assiste autant que possible à la finale de la Coupe de France, et s’affiche également aux côtés des joueurs de l’équipe de France, quand ceux-ci s’en vont défendre les couleurs du pays en Coupe du monde et surtout quand ils ont la bonne idée de ramener le trophée.

Gaston Doumergue est le premier Président de la République Française à avoir assisté à une finale de la Coupe de France. C’était le 8 mai 1927 au stade de Colombes et le chef d’état va saluer un à un les joueurs Marseille et de Quevilly alignés devant la tribune principale (celle ou prennent place les notables dans la tribune d’honneur).

En fin de rencontre, c’est lui qui remet la Coupe au capitaine de l’équipe vainqueur. Un protocole que le chef de l’état renouvellera jusqu’à la fin de son mandat, et que tiendront à respecter par la suite tous ses successeurs. A commencer par Paul Doumer, qui assiste en 1932 à la victoire de Cannes sur Roubaix au stade de Colombes treize jours avant d’être assassiné.

Albert Lebrun, élu en 1932, assiste quant à lui à sept finales de la Coupe de France, s’octroyant le record en la matière. Mais il est surtout est le Président de la république française quand celle-ci accueille la Coupe du monde 1938. Avant que ne débute le tournoi, il reçoit le comité d’organisation réuni autour de Jules Rimet et émet le vœu que l’épreuve soit “l’occasion d’un rapprochement entre les peuples“. A l’issue de la finale, il décernera avec diplomatie la Coupe à Guiseppe Meazza, capitaine de l’Italie mussolinienne.

Au lendemain de la guerre, Vincent Auriol, élu en 1947, est également présent aux sept finales de Coupe de France qui ont lieu durant son mandat. René Coty, son successeur en 1954, présidera quant à lui cinq finales, délaissant celle de 1958.

De Gaulle, trois finales

Charles de Gaulle, premier Président de la Ve République n’est a priori pas un grand passionné de football, ni même de sport. Durant les dix années de son règne, il n’a présidé la finale de la Coupe de France qu’en trois occasions (1959, 1962 et 1967), déléguant la plupart du temps la corvée à ses ministres.

Le Général s’est toutefois particulièrement illustré lors de la finale de 1967 où de la tribune d’honneur, il renvoie d’un geste auguste le ballon du match qui lui était accidentellement parvenu. En septembre 2020, un stade Charles-de-Gaulle a été inauguré à Colombey-les-Deux-Églises.

Georges Pompidou, élu en 1969 et décédé en 1974, a assisté à quatre finales de la Coupe de France, mais seulement à une, celle de 1972, durant son court mandat présidentiel. Les précédentes (1963, 1964 et 1965) étaient celles où, Premier ministre, il palliait l’absence du Général de Gaulle.

Devenu Président lui-même, Pompidou a volontiers laissé ses Premiers ministres remettre la Coupe de France à ses vainqueurs, notamment Jacques Chaban-Delmas qui semblait particulièrement apprécier l’exercice. Georges Pompidou, natif du Cantal, était plutôt amateur de rugby. Le stade de la ville de Valence, dans la Drôme, porte aujourd’hui son nom.

Giscard, l’homme au maillot rouge

Valéry Giscard d’Estaing, lorsqu’il est élu Président en 1974, met un point d’honneur à être présent à chaque finale de la Coupe de France (il manquera toutefois celle de 1977, présidée par son premier ministre Raymond Barre). VGE n’a pas la réputation d’être un amateur de football même s’il a été footballeur, le temps d’un match.

Personne n’a alors oublié cette rencontre de juin 1973 à Chamalières où celui qui est alors ministre de l’Économie et des Finances chausse les baskets et enfile un beau maillot rouge pour une rencontre entre commerçants locaux aux élus de la ville. Devant quelques 3.000 spectateurs, le futur Président a fait bonne impression, inscrivant un but sur un penalty que l’on a dit généreusement accordé.

Derrière cette partie de campagne se joue bien entendu une stratégie finement calculée. Le maire de Chamalières veut donner l’image d’un candidat jeune et sportif. A l’issue du match, il répond même aux questions d’un journaliste dans les vestiaires, torse nu et tout juste sorti de la douche. Une image qui tranche avec la représentation habituelle d’un homme politique.

Mitterrand, le recordman désintéressé

De 1981 à 1995, François Mitterrand n’a manqué aucune des quatorze finales de Coupe de France qui ont eu lieu durant ses deux mandats (cela aurait fait quinze si celle de 1992 n’avait pas été annulée). Le premier Président socialiste de la Ve République est devenu le recordman en la matière. Un record qui n’est pas près d’être battu, selon la formule consacrée.

Curieusement, celui que les Français appellent affectueusement Tonton n’a jamais été homme à s’afficher auprès des champions pour glaner quelques points dans les sondages. C’est pourtant sous sa présidence que le football français a connu ses premiers titres internationaux, tant pour la sélection (l’Euro 1984) qu’au niveau des clubs (l’OM en 1993).

S’il fut bien présent au Parc le 27 juin 1984 pour remettre la Coupe Henri Delaunay à Michel Platini, le chef de l’état avait par contre snobé le match d’ouverture de l’Euro 1984 auquel il était pourtant invité. Il est vrai qu’il avait d’autres soucis en tête. L’état de grâce était terminé, la temps des rigueurs était arrivé et le Président ruminait déjà l’idée d’un remaniement qui allait, un mois plus tard, être fatal au Premier ministre Pierre Mauroy.

Neuf ans plus tard, François Mitterrand affiche discrètement son plaisir de voir l’un de ses hommes, Bernard Tapie, se hisser à travers son équipe sur le toit de l’Europe. Le Président recevra les joueurs marseillais au palais de l’Élysée. Quelques semaines plus tard à la garden party du 14 juillet, il donnera son avis sur l’affaire VA-OM, affirmant son soutien à Tapie.

La première intervention de François Mitterrand à propos du football date de juillet 1982, un peu plus d’un an après son élection. On lui conseille d’agir pour calmer un ressentiment anti-allemand qui semble prendre forme après la défaite des Bleus à Séville en demi-finale de la Coupe du monde contre la RFA. Mitterrand et le chancelier allemand Helmut Schmidt y vont alors de leur communiqué pour rappeler aux Français qu’il ne s’agit que d’un match de foot.

Pour sa première finale de Coupe de France en 1981, il a remis le trophée au capitaine de Bastia. La dernière, en 1995, il la suit aux côtés de son successeur à peine élu, Jacques Chirac. Entre temps, le Président a fait l’objet d’un pari de Jean-Pierre Papin, capitaine de l’OM, qui en plus de la Coupe s’offre la bise présidentielle.

En 1992, Mitterrand approuve la nomination de Fernand Sastre et Michel Platini à la tête du comité d’organisation de la Coupe du monde 1998. Guy Roux raconte qu’en 1995, le Président est intervenu auprès du gouvernement anglais pour alléger la peine d’Eric Cantona, l’attaquant français qui venait d’agresser un supporter londonien. C’est probablement sa dernière intervention présidentielle en faveur du football français.

Chirac, le vingt-troisième Bleu

Jacques Chirac restera à jamais le vingt-troisième homme du triomphe tricolore du 12 juillet 1998. Bien que peu au fait des choses du ballon rond (son sport préféré était… le sumo !), le quatrième Président de la Ve République s’est trouvé à point nommé le jour où l’équipe de France est devenue championne du monde. Il a su profiter de l’événement pour se donner une image de Président sympa (ce que ratera complètement son successeur de 2018).

Son maillot bleu numéro 23, son écharpe autour du cou et ses gesticulations labiales alors qu’il ne connait pas le nom des joueurs sont restés dans la légende. Il rend visite aux Bleus dans les vestiaires après leur victoire en demi-finale contre la Croatie, embrasse le crâne de Fabien Barthez et demande à Laurent Blanc de l’éclaircir sur les conditions de son expulsion. Deux jours après la finale, il invite les Bleus à la garden party élyséenne du 14 juillet, bafouille en confondant la Coupe de France avec la Coupe du monde mais gagne quelques points dans les sondages.

De 1995 à 2007, Jacques Chirac a présidé douze finales de Coupe de France, dont quatre ont été remportées par le Paris Saint-Germain, un club qu’il a par ailleurs beaucoup aidé lorsqu’il était maire de Paris. Il rendait également visite aux joueurs parisiens dans les vestiaires pour les consoler de leur élimination européenne avec une phrase célèbre : “Si on nous avait dit qu’on serait en demi-finale, il y a un an, on aurait signé tout de suite.”

Jacques Chirac a également connu quelques moments houleux comme la finale de la Coupe de France 2002, opposant Lorient à Bastia, où il menace de quitter le stade alors que la Marseillaise est sifflée par le public du stade de France, principalement occupés par des Corses et des Bretons.

Président de 1995 à 2007, son règne épouse la carrière de Zinédine Zidane. Jacques Chirac n’hésitera pas à recevoir l’équipe de France et son capitaine dès le lendemain de la finale de Berlin malgré le débat qui partage le pays à propos de son coup de tête sur un adversaire italien.

Sarkozy, de l’Élysée au Qatar

Nicolas Sarkozy semble bien être un véritable passionné du ballon rond. C’est en tout cas ce qu’il ressort des différents témoignages off de ceux qui ont pu discuter du sujet avec l’ancien Président. Depuis qu’il a été sorti du champ politique, il assiste régulièrement aux rencontres du Paris Saint-Germain au Parc des Princes et manque peu de rencontres des Bleus à domicile. Il s’efforce ensuite de se rendre dans les vestiaires pour discuter avec les joueurs. On dit qu’il appelle souvent les joueurs ou les entraîneurs pour les féliciter.

Durant son mandat, Nicolas Sarkozy aurait aimé avoir un ancien footballeur parmi ses ministres. C’est pourquoi il a appelé Lilian Thuram alors que celui-ci s’affichait depuis toujours comme un opposant. L’hyper-Président n’a pas eu beaucoup de chance avec les Bleus durant son quinquennat, entre un Euro 2008 complètement raté et un Mondial 2010 marqué par les incidents de Knysna. Il a envoyé ses ministres sur place pour qu’elles constatent l’étendue des dégâts, avant de convoquer Thierry Henry à l’Élysée à son retour en France, frisant l’ingérence politique que n’aurait pas manqué de sanctionner la FIFA.

Nicolas Sarkozy est présent à toutes les finales de la Coupe de France. En 2009, alors qu’elle oppose deux clubs bretons, Guingamp et Rennes, le Président est annoncé absent, mais il parvient in-extremis à se libérer pour assister à la rencontre. Toutefois, Nicolas Sarkozy ne se rend pas sur le terrain pour aller saluer les joueurs. Devenu très impopulaire, il redoute les sifflets et décide de rompre la tradition. En 2012, bien que battu aux élections présidentielles, il insiste pour présider sa dernière finale aux côtés de son successeur François Hollande : “Je suis là en tant que Président, lui en tant que spectateur” précisera-t-il.

Nicolas Sarkozy a également beaucoup travaillé pour attirer les investisseurs qataris vers le Paris Saint-Germain. Il est d’ailleurs annoncé comme président du club parisien quand Nasser al-Khelaïfi songe prendre du recul. On dit aussi qu’il aurait indiqué à Michel Platini, également Président mais de l’UEFA, qu’il aimerait bien que le Qatar organise la Coupe du monde 2022.

Hollande et l’Euro perdu

François Hollande rêvait de devenir footballeur professionnel. Malheureusement pour lui, il basculera dans la politique au point de devenir à son tour Président de la République. A la manière de Valéry Giscard d’Estaing, François Hollande a pu, avant de devenir Président, faire étalage de ses talents balle au pied. C’était en 2008 à l’occasion d’une rencontre caritative au Stade Charléty au bénéficie de la recherche contre Alzheimer. On ignore si le futur candidat, vêtu de la tenue bleu-blanc-rouge de l’équipe de France, a marqué. Le seul but dont on se souvient est un penalty qu’il tira en 2016 à Buenos Aires au stade de la Bombonera, seul, sans gardien de but.

Il s’avoue plutôt supporter de Monaco, ce qui pour un ennemi de la finance reste suspect. Pendant la campagne électorale qu’il l’opposait au Président sortant Nicolas Sarkozy, le candidat socialiste s’est approché du Red Star de Saint-Ouen, club populaire qui revendique une image “de gauche”, en opposition au PSG cher à son rival.

François Hollande n’a manqué aucune des cinq finales de la Coupe de France auxquelles il était convié. Mais il est devenu tellement impopulaire qu’il a, comme son prédécesseur, sacrifié la traditionnelle présentation des joueurs pour éviter une salve de sifflets. Comme son modèle François Mitterrand, il a également présidé la finale du championnat d’Europe organisé en France. Sauf que lui a perdu.

Macron, la passion mise en scène

Emmanuel Macron aime le foot et c’est un des rares points commun avec le peuple qu’il concède. Le plus jeune Président de la Ve République aime tout particulièrement l’Olympique de Marseille. La campagne électorale qui a précédé son élection a débuté dans la cité phocéenne où on lui a offert un maillot du club floqué à son nom. Il n’a pas hésité à demander à certains joueurs de soutenir sa candidature, notamment Steve Mandanda qui s’est abstenu. Lorsqu’il est devenu Président, il a été saluer les joueurs à la Commanderie et a participé à un entrainement, pour la plus grande joie des joueurs qui n’ont pas hésité à poster ensuite un selfie présidentiel sur leurs réseaux sociaux.

A peine élu, Emmanuel Macron préside la finale du centenaire de la Coupe de France en 2017, qui oppose le Paris Saint-Germain à Angers. Le nouveau chef de l’état salue les joueurs un par un, rituel qu’avaient abandonnés Nicolas Sarkozy et François Hollande pour cause de sifflets. Emmanuel Macron renoue la tradition, y compris lors de la finale de l’édition 2020, disputée en pleine épidémie de Covid-19 : le Président masqué vient saluer les joueurs sans leur serrer la main, gestes barrières obligent.

On se souvient surtout du Président supporter quand, en 2018, la France est devenue championne du monde. Le Président se rend à Moscou pour assister à la demi-finale France-Belgique puis à la finale où, surjouant son rôle dans la tribune officielle, il agace quelque peu Vladimir Poutine ébahi par ce comportement peu protocolaire.

Au retour des Bleus à Paris, alors qu’une parade devait avoir lieu sur les Champs-Élysées, le bus a filé très vite vers l’Élysée où le Président avait invité les joueurs à 20 heures pour passer en direct au journal télévisé. Le Président des riches n’aime rien tant que s’approprier ce qui appartient au peuple. On apprendra quelques mois plus tard qu’il avait envoyé un de ses hommes de mains pour assurer la sécurité des Bleus : un certain Alexandre Benalla.

Le 14 octobre 2021 au stade Léo-Lagrange de Poissy, Emmanuel Macron est invité par disputer un match de foot caritatif dans l’équipe du Variétés Club de France opposée à une équipe de soignants de l’hôpital de Poissy. Il a pour coéquipiers Christian Karembeu, Sonny Anderson et Rudi Garcia. Un penalty a été accordé au Président afin qu’il marque un but.


A propos du Président de la République et du foot

A propos de Valéry Giscard d’Estaing (1974-1981)

A propos de François Mitterrand (1981-1995)

A propos de Jacques Chirac (1995-2007)

A propos de Nicolas Sarkozy (2007-2012)

A propos de François Hollande (2012-2017)

A propos d’Emmanuel Macron (2017-2022)

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