Comme dit si bien Verlaine


ROMAN – Dans “Verlaine avant-centre” (2006, le Castor Astral), Jean Louis Crimon évoque à travers ses souvenirs d’enfance les treize buts que Just Fontaine inscrivit lors de la Coupe du monde suédoise de 1958. Mais aussi les poèmes de Paul Verlaine qu’il aurait bien vu avant-centre.

Les souvenirs de son enfance mêlent les joies du foot au plaisir des mots. Maman lui a transmis le goût des belles phrases, papa celui du ballon rond, d’autant que le récit se situe lors de l’été 1958 alors que l’équipe de France vient de réaliser une extraordinaire épopée lors de la Coupe du monde en Suède.

Les matchs et les mots

Le narrateur, probablement l’auteur enfant, rêve de devenir footballeur mais aussi écrivain, car sa passion des mots est aussi forte que celle des dribbles et des buts. Il voudrait écrire comme joue le Stade de Reims : une écriture vive, alerte, limpide, toute en phrases courtes, sans contrôle, et en relances immédiates.

Quand il joue au ballon avec son père dans les jardins qu’entretient ce dernier (c’est son métier), les deux hommes s’efforcent de reproduire l’un des treize buts de Just Fontaine. Un cerisier fait office de gardien adverse. Les pommiers défendent en WM. Les feuillages alentour reproduisent les clameurs d’un stade suédois. Le père devient Kopa ou Piantoni, l’homme de la dernière passe.

Les treize premiers chapitres se terminent ainsi par la reconstitution de chaque but de Justo Fontaine. Contre le Paraguay, la Yougoslavie, l’Écosse, l’Irlande du Nord, le Brésil, l’Allemagne de l’Ouest. Et chacun des chapitres (il y en a 17, comme le numéro que portait Fontaine en Suède) a pour titre une phase de jeu : “Balle au centre”, “Passe en retrait”, “Lob”, “Tacle glissé”…

Entre Fontaine et Verlaine

Le narrateur est fils unique mais il a deux maisons. Celle de ses parents et celle de la vieille tante qui ne jure que par la religion. Celle-ci n’a d’yeux que pour Dieu. Elle fait répéter au gamin les mêmes réponses aux mêmes questions qu’elle pose, persuadée que la foi s’installe de force dans les esprits. Elle le conduit fréquemment à la messe où le gamin, pour tromper l’ennui, décrit chaque célébration avec des métaphores footballistiques.

La vieille tante bigotte a un jour éveillé la curiosité de l’enfant lorsqu’elle a prétendu avoir été l’amie de Paul Verlaine. Elle était serveuse dans le restaurant où venait dîner le poète. Mais leur relation fut sans doute plus intime encore. L’enfant sera fasciné par l’œuvre de l’auteur des sanglots longs des violons de l’automne. Puisqu’il fait après tout partie de la famille.

Amoureux du foot comme des écrits, le gamin s’en remet autant à Verlaine qu’à Fontaine. Dans son imaginaire, le buteur des Tricolores aurait pu être poète et Verlaine avant-centre. Le premier roman de Jean-Louis Crimon est un récit de souvenirs d’enfance avec des réflexions sur l’écriture, la religion, le football et le jardinage. Un roman qui réconcilie les univers des matchs et des mots.

A propose de Verlaine, de Just Fontaine et de Jean-Louis Crimon

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