Platini, Freud et moi

BD "Mon album Platini" (Sylvain Venayre, Christopher)

BANDE DESSINÉE – Dans “Mon album Platini” (Delcourt), l’historien Sylvain Venayre convoque Freud et Thierry Roland pour évoquer avec Michel Platini le souvenir du match France-RFA de 1982.

On a beau avoir, depuis ce 8 juillet 1982, remporté plusieurs titres mondiaux et européens, avoir l’une des meilleures équipes nationale et des joueurs comptant parmi les meilleurs du monde, nous resterons toujours marqués par Séville, ce match hors du temps perdu contre l’Allemagne de l’Ouest en demi-finale de la Coupe du monde 1982.

Foot et psychanalyse

Cette rencontre est tellement présente dans l’inconscient de ceux qui l’ont vécu qu’il faut au moins faire appel à la psychanalyse pour en comprendre les ressorts. C’est ainsi que l’historien Sylvain Venayre fait appel à Sigmund Freud pour évoquer cette rencontre, même si l’idée de départ était d’abord de partager ses souvenirs avec Michel Platini.

L’auteur il est vrai a un rapport particulier au football. En 1985, il s’était réveillé d’un coma en étant persuadé d’être une des victimes du drame du Heysel. Le match en question avait eu lieu quelques jours seulement avant son accident, une voiture l’ayant percuté alors qu’il courait dans la rue après un ballon. Le gamin de l’époque n’a aucun souvenir de son accident. Un événement télévisé qui avait eu lieu quelques jours plus tôt avait recouvert son propre traumatisme.

Sylvain Venayre exprime cette période à travers une bande dessinée, dont la partie graphique est assurée par Christopher. A la fois scénariste et héros, il revient sur son accident, qui le conduit inévitablement dans les tribunes du Heysel, où il rencontre Michel Platini. Non pas le joueur vedette des années 1980, mais l’homme âgé de quelques décennies supplémentaires, celui qui “…a bien grossi…” selon la chanson de Julien Doré. Ce Platini soixantenaire vient exprimer sa lassitude d’entendre toujours le même reproche sur le geste de joie qu’il commit après avoir marqué son penalty au Heysel.

L’auteur nous invite ainsi dans son rêve, en compagnie de Platini, de Freud et de l’enfant qu’il était à douze ans. On les retrouve à Séville, sur la pelouse du stade Sanchez-Pizjuan où se joue le match du 8 juillet 1982. Nous en sommes au moment où le match est arrêté alors que Patrick Battiston gît au sol après avoir été violemment agressé par le gardien allemand Toni Shumacher. Sigmund Freud cherche à comprendre de quoi il s’agit, puisqu’il n’a probablement jamais entendu parler de football à son époque (1856-1939). Le groupe reçoit le renfort de Thierry Roland, commentateur vedette de la rencontre, puis de Michel Hidalgo, du moins de son esprit.

Coup de tête

La complexité du scénario, qui passe allégrement d’une période à l’autre et démultiplie les personnages, se relâche ensuite pour laisser place aux souvenirs du parcours de l’équipe de France lors de la Coupe du monde 1982, qui allait aboutir au match de Séville. L’historien raconte l’histoire comme étant la sienne, aiguillé par les interrogations du psychanalyste et ponctuées par les remarques du commentateur grinçant, du joueur iconique et du pré-adolescent dont le regard diffère de celui de l’homme qu’il deviendra plus tard.

L’histoire est dessinée par Christopher, qui n’en est pas à sa première expérience de foot en BD, puisqu’il se consacra à un album sur l’histoire de l’Olympique de Marseille. Il reprend avec détails les éléments de l’épopée de 1982, en s’inspirant des photos elles-même imprimées dans la mémoire collective. Nous revivons bien entendu le match de Séville avec le souhait, récurrent, que la fin sera cette fois différente. Mais on ne refait pas l’histoire, même en rêve. Ni en bande dessinée.

Mon album Platini” est le troisième album de la collection Coup de tête de chez Delcourt, qui a pour vocation de publier des BD consacrées au sport et à son histoire. Le football gaélique (“Croke Park” de Richard Guérineau et Sylvain Gâche) et le Jiu Jitsu féminin (“Jujitsuffragettes” de Lisa Lugrin et Clément Xavier) ont donné le coup d’envoi de cette collection prometteuse.

A propos de Sylvain Venayre, de Michel Platini et de Séville 1982

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