Un footballeur tolstoïen


LIVRE – Dans son livre “Lev Yachine, un roman soviétique” (2020, Le Tiers Livre Arbre Bleu), Laurent Lasne raconte la vie d’une figure iconique du football et le contexte qui a contribué à sa renommée.

Lev Yachine est reconnu, avec une rare unanimité, comme le plus grand gardien de but de l’histoire du football. A l’instar de celui du roi Pelé, son statut est rarement contesté même si la comparaison avec des spécialistes plus récents écornerait probablement quelques certitudes.

Un roman soviétique

Pour raconter la légende du plus grand gardien de l’histoire, il faut avant la replacer dans son contexte historique et géographique. C’est la démarche entreprise par Laurent Lasne qui indique dans le titre que sa biographie de Lev Yachine est avant tout un roman soviétique.

Né en octobre 1929 à Moscou, Lev Ivanovitch Yachine deviendra une figure de l’URSS ouvrière et communiste. L’auteur insiste sur le fait qu’il s’en est fallu de peu que le jeune soviétique ne devienne pas l’un des plus grands footballeurs de l’histoire : Ses premières sorties aériennes provoquaient autant de dégâts que de sarcasmes. Découragé par le foot, il s’est laissé tenté par le hockey sur glace, avant de décider de tout abandonner pour rejoindre l’armée. Avant que le destin ne le remette dans la cage du Dynamo Moscou.

Laurent Lasne, "Lev Yachine, un roman soviétique"

Laurent Lasne a consacré de nombreux ouvrages sur le football. On lui doit une anthologie des oppositions entre équipes françaises et allemandes (“Football über alles“, 2006), une biographie de l’inventeur de la Coupe du Monde (“Jules Rimet, la foi dans le football“, 2008), une étude du football-samba (“Football brésilien, l’invention d’un style“, 2014), et même le portrait d’un grand érudit de la chose footballistique (“Pier Paolo Pasolini, le geste d’un rebelle“, 2016), livre qui lui vaudra quelques prix dans le monde de la littérature sportive.

Un héros de Tolstoï

Fasciné depuis sa tendre enfance par cet homme en noir qu’il avait vu garder les cages de l’équipe d’URSS un après-midi de juin 1967, alors que son père l’avait emmené au Parc des Princes, Laurent Lasne a toujours voulu consacrer un ouvrage sur Lev Yachine.

Son roman soviétique s’inscrit dans le goût de l’auteur d’associer la petite histoire des footballeurs à la grande histoire, politique et sociale, des hommes. En dépit d’une enfance froide et difficile, d’un début de carrière chaotique, en dépit également d’un goût prononcé pour l’alcool et les cigarettes, en dépit d’une dépression que ses succès ne vaincront jamais, Lev Yachine incarnera une forme de réussite à la Soviétique érigée en modèle auprès de la jeunesse communiste.

Champion olympique en 1956 puis vainqueur de la première Coupe d’Europe des Nations quatre ans plus tard, Lev Yachine est promu héros du peuple et reçoit en 1967 l’Ordre de Lénine, la plus haute distinction remise aux personnalités soviétiques.

Lev Yachine

Sa légende épouse celle du monde ouvrier dans la société soviétique, son rapport avec le pouvoir autoritaire de Staline et les idéaux de la révolution de 1917. Il n’aime rien tant que rappeler ses origines ouvrières et son appartenance au peuple. Laurent Lasne le décrit comme un héros Tolstoïen.

Comme le confirme une récente chanson à sa gloire commise par le groupe La Lucha Libre, Lev Yachine reste le symbole d’une grandeur passée quelque peu fantasmée. Lorsque la Russie a organisé la Coupe du Monde 2018, l’affiche officielle n’a pas manqué de rendre hommage au plus grand footballeur de son histoire, ce gardien de but qu’on surnommait “L’Araignée Noire“.

A propos de Lev Yachine et de Laurent Lasne

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