Laurent Seyer : Les poteaux étaient carrés

Maudits poteaux

ROMAN – La finale de Glasgow où, en 1976, l’AS Saint-Etienne s’inclina contre le Bayern Munich, sert de trame au premier roman de Laurent Seyer, « Les poteaux étaient carrés » (2018, Finitude).

Longtemps en matière de foot la France a fait figure de perdant. Une époque qui parait aujourd’hui révolue quand l’équipe de France ramène la Coupe du Monde tous les vingt ans, quand chaque compétition majeure compte au moins un club ou une équipe française à son palmarès, quand les plus grands clubs du monde comptent au moins un tricolore dans leur écurie.

La France qui perd à la fin

Ces victoires devraient nous faire baigner dans l’euphorie mais, gaulois réfractaires que nous sommes, nous restons nostalgiques de ces temps où la défaite concluait inexorablement les destins français. L’AS Saint-Etienne, comme Raymond Poulidor, a longtemps symbolisé cette France qui perd, ces héros que l’on célèbre sur les Champs-Elysées alors qu’ils reviennent les mains vides.

Mais comment vivre la défaite lorsque l’on a treize ans et demi en 1976, que l’on vit à Vincennes au sein d’une famille recomposée, où la mère adorée a été remplacée par une créature superficielle elle-même génitrice d’un être insupportable loin du petit frère que l’on a jamais eu ?

Le premier roman de Laurent Seyer, « Les poteaux étaient carrés » (2018), nous invite à suivre la finale Saint-Etienne-Bayern Munich du 12 mai 1976 dans le salon familial de la famille Laroche aux cotés de Nicolas, un ado qui s’évade avec les exploits de « Lasse » (ainsi qu’il nomme l’ASSE) pour oublier le poids de cette famille qui n’est pas la sienne et qu’il refuse de toutes ses forces.

Ćurković et les poteaux

Chaque séquence du match évoque au narrateur le souvenir d’une vie marquée par le divorce de ses parents, l’absence d’une mère plus pesante qu’il ne l’avait envisagé au départ, la lâcheté d’un père qu’il ne cesse de subir et le rejet de la nouvelle famille qu’on lui a imposé. Il évoque aussi sa grand-mère dont il a réinventé l’histoire, ses copains d’école, son prof de gym…

Sur la couverture de l’édition originale publiée aux éditions Finitude (2018), on voit l’image d’Ivan Ćurković, le gardien yougoslave de l’ASSE, encaisser le tir de Franz Roth, alors qu’en première mi-temps, ses coéquipiers avaient vu deux de leurs tentatives s’écraser sur les montants.

Pierre Cangioni, le commentateur TV, avait cru bon de préciser que ces montants étaient carrés, et que s’ils avaient été ronds, le ballon serait certainement entrés dans la cage de Sepp Maier. Il ignorait sans doute que sa remarque, a priori anodine, entrerait dans l’histoire de la lose à la Française.

Laurent Seyer : Les poteaux étaient carrés

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