Le chant des Canaris

Le chant des Canaris

CHANSON – Le Football Club de Nantes a longtemps cherché sa chanson emblématique. Et lorsqu’il l’a trouvée, il a mis presque vingt ans à la reconnaître.

Dans la deuxième partie des années 1970, toute la France du foot ne jure que par les Verts de Saint-Etienne. Toute ? Non… A Nantes une équipe de Canaris résiste encore et toujours à cette fièvre verte. Et la vie n’était pas facile pour les Stéphanois quand ils doivent se rendre au stade Marcel-Saupin…

Les jaunes du FC Nantes se plaisent en effet à mettre quelques raclées à leurs rivaux en vert et à leur chiper au passage quelques titres de champion de France. Mais le FC Nantes reste jaloux de la popularité de l’AS Saint-Etienne. Et notamment du succès de sa chanson « Qui c’est les plus forts« 

Ce sont les rois de la prairie

Pour faire face au tube de Monty, un 45 tours est lancé en 1977 chez Barclay sur lequel un choeur nommé Les Onze interprète un morceau signé Jean Schmitt et Boby Nalpas : « Allez les Canaris !« . Le morceau est basé sur une rythmique très baloche où les paroles indiquent que les joueurs du FC Nantes sont les « rois de la prairie« . Il est régulièrement diffusé au stade Marcel-Saupin.

Il ne s’agit pas de la première tentative de chanson à la gloire du FC Nantes. Dès 1974, le club avait sorti un 45 tours, « La marche du club des Canaris« , sous-titré « Le chant des supporters du FC Nantes« , interprété par l’orchestre Paul Terrien sur des paroles de Christian Thomelet.

Dans le même temps, une chanson de Henri Villerouge, « Nantes Maillot Jaune ! » (paroles de Francis Huger) sortait en un 45 tours dont la pochette précisait que la chanson rendait hommage « aux joueurs du FC Nantes champions de France 1973-1974« , ce qui lorsqu’on relit les palmarès est manifestement une erreur.

Big Bisou

Un troisième disque parait durant cette même période sur le label Danot : « Allez ! Allez Nantes ! Allez les canaris ! » signé Richard Patt et Nobby Clarke et interprété par le même Richard Patt aux cotés d’une certaine Michèle Sarna. En face B on trouve un autre morceau, « Les petits canaris » signé S. Danot et M. Mallet.

En fait, des chansons à la gloire du FC Nantes, on en trouve un peu partout. Y compris sur la face B d’un quarante-cinq tours au succès considérable, le « Big Bisou » de Carlos ! Le jovial Yvan-Chrysostome Dolto a en effet chantonné à la gloire des Canaris sur des paroles de Claude Lemesle plaquée sur une mélodie italienne (« Oh Mary Mary« ) signée Vito Pallavicini et Toto Cutugno. Le refrain est imparable : « Des ponts de Nantes à la Baule fleurie, tout le monde chante Vive les Canaris ! »

C’est toutefois « les rois de la prairie » qui s’impose durablement dans les oreilles nantaises et sur la sono de Marcel-Saupin puis du stade de la Beaujoire dans ses premières années. Il faudra attendre une bonne décennie avant que son statut de chanson officielle du FC Nantes soit remis en cause.

En 1987, Max Bouyer, nouveau président du FC Nantes, tente de moderniser l’image de son club et cela passe par une nouvelle chanson. Ainsi nait une ritournelle teintée de sonorités brésiliennes, « La Canari Mania« , interprété par un certain Lou Briand et composé par Pierre et François Daniel. Un flop. Le stade de la Beaujoire revient très vite aux « rois de la prairie« .

Dix ans passent avant que l’idée d’une nouvelle chanson refasse surface. Entre temps, un groupe local fait fureur et tente également d’imposer son morceau à la gloire des Jaunes : Elmer Food Beat lance son single « Du rififi dans la surface« . Le football c’est fantastique.

De la Bretagne à la Vendée

En 1997, la sono du stade Louis-Fonteneau lance un petit air de bombarde qui ouvre « L’Hymne à la Beaujoire« , une chanson écrite par Olivier Tronson, Jean-Luc Trécan et Gérard Troupel. Elle est interprétée par la chaude voix d’un certain Bruno Courgeau : « Allez allez ! Allez Nantais jouez…« 

Le morceau ne rencontre pas un succès immédiat. Au bout de trois saisons, il est même sérieusement menacé lorsque surgit le très symphonique « Au coeur du stade » (écrite par les mêmes auteurs) et magistralement chanté par les Choeurs de l’Opéra de Nantes. A l’époque, le FC Nantes rêve encore de succès européens et les airs d’opéra répondent à l’esprit du générique de la Ligue des Champions réalisé par Tony Britten.

Mais peu à peu, la voix de Bruno Courgeau revient dans les travées avec son entraînant « Allez allez ! Allez Nantais jouez…« . La chanson s’installe durablement dans les esprits au point d’être encore présente encore vingt ans plus tard.

Preuve de l’attachement des supporters à cet hymne à la Beaujoire, ceux-ci manifestent leur inquiétude en décembre 2015 alors que la chanson n’a pas été diffusée au stade le temps de deux matches de championnat. Un oubli qui a très vite été réparé.

Aucun doute désormais, « L’hymne à la Beaujoire » chanté par Bruno Courgeau restera la chanson de référence du FC Nantes. Le morceau fait même l’objet de reprises iconoclastes, allant du classique au punk. Fin 2014, c’est l’Orchestre National des Pays de la Loire qui reprend l’hymne en version symphonique.

Un an plus tard, c’est le groupe Justin(e), célèbre dans le coin pour son chant à la gloire de Jean-Claude Suaudeau et quelques autres chansons de foot, qui reprend l’hymne façon terrace en l’agrémentant d’un couplet supplémentaire où il est question du maire de Nantes, de galette, d’aéroport et de politique culturelle.

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