Garrincha

L’ange aux jambes torses

DOCUMENTAIRE – Le film « Garrincha, Alegria Do Povo » (1963) du Brésilien Joaquim Pedro de Andrade rend hommage à Garrincha mais aussi au football et son importance dans les couches populaires du Brésil.

Si Pelé est considéré comme le plus grand footballeur de l’histoire au niveau mondial, le titre de plus grand footballeur brésilien ne lui est pas attribué d’office. Au Brésil, le peuple se reconnait plus volontiers à travers Garrincha, l’enfant pauvre des favelas, devenu une vedette avant de sombrer dans l’alcool et la misère.

La joie du peuple

L’image de footballeur du peuple doit beaucoup à un documentaire du réalisateur brésilien Joaquim Pedro de Andrade (1932-1988), « Garrincha, Alegria Do Povo » sorti en 1963. Le film s’inscrit dans la mouvance du Cinema Novo, un mouvement cinématographique brésilien né à la fin des années 1950, comparable à la Nouvelle Vague Française. Joaquim Pedro de Andrade, mais aussi Glauber Rocha, Nelson Pereira dos Santos ou encore Carlos Diegues marquent par leurs films une rupture avec le cinéma brésilien d’alors proche de l’usine à rêves et du carnaval. La mouvance, issue du Nordeste, la région la plus pauvre du Brésil, montre dans ses films la réalité sociale du pays, le peuple confronté à la pauvreté.

« Garrincha, Alegria Do Povo » est le premier long métrage de Andrade. Dans son documentaire, il présente Garrincha comme le footballeur du peuple. Cinquième enfant d’une famille pauvre, Manoel Francisco dos Santos nait avec une colonne vertébrale déformée et des jambes arquées. Il grandit avec une jambe plus courte que l’autre, un handicap qu’il transforme en atout sur les terrains de football, lui permettant des dribbles que ne comprennent pas ses adversaires directs.

Garrincha deviendra l’un des joueurs essentiels du club de Botafogo, puis de la sélection brésilienne qui remportera deux Coupes du Monde en 1958 et 1962. Il acquiert au Brésil une popularité peut-être supérieure à celle du roi Pelé. Chacun de ses dribbles est perçu comme une revanche sur le destin.

Nouvelle vague

Le film d’Andrade sort en 1963, soit un an après la Coupe du Monde au Chili où la sémection brésilienne avait conservé son sceptre mondial. Pelé, blessé lors d’un match du premier tour, avait été contraint de suivre le reste de l’épreuve sur la banc, et c’est Garrincha qui avait endossé le rôle de leader sur le terrain, se repliant au milieu du terrain et élargissant une palette technique insoupçonnée.

Le réalisateur suit Garrincha lors des rencontres du championnat brésilien avec son club du Botafogo. Son documentaire alterne les séquences de jeu avec les plans vers le public, notamment dans les tribunes populaires qui n’ont d’yeux pour pour un joueur, leur joueur. Le film s’étend ensuite sur les gamins qui jouent au foot dans la rue ou sur la plage, rêvant sans doute du même destin que Garrincha.

Certaines images seront reprises en 2002 par Jean-Christophe Rosé pour son documentaire « Pelé et Garrincha, dieux du Brésil« .

Garrincha est alors au sommet de sa carrière sportive. Sa vie et sa carrière prendront ensuite une mauvaise tournure. Bien que marié et père de nombreux enfants, le footballeur formera un couple très médiatisé avec la chanteuse Elza Soares. Il prendra goût au monde de la nuit et à l’alcool. Il mourra dans la déchéance en 1983.

A propos de Joaquim Pedro de Andrade et de Garrincha