Deux mi-temps en enfer

Le penalty d’Ónódi

FILM – « Deux mi-temps en enfer » (1962) du Hongrois Zoltán Fábri est un film inspiré de faits réels où le réalisateur jette les bases scénaristiques du film du foot.

Au coeur de l’occupation allemande au début des années quarante, des officiers nazis proposent d’organiser un match de football entre leurs soldats et des prisonniers de guerre. La trame du film « Deux mi-temps en enfer » de Zoltán Fábri (1962) est exactement la même que celle de « Escape to Victory » de John Huston, paru dix-huit ans plus tard. Et pour cause, le réalisateur hongrois, tout comme son successeur américain, se sont inspirés de la même histoire.

L’histoire d’une rencontre de football particulière organisée en 1942 à Kiev entre d’anciens joueurs soviétiques et une équipe de soldats allemands. La rencontre est restée dans l’histoire sous le nom de « match de la mort« , dont l’issue dramatique a été utilisée pour la propagande socialiste. Cela n’a pas échappé à Zoltán Fábri. Le réalisateur hongrois ne cache en effet pas ses sympathies pour le socialisme et son film entre dans cette tradition propagandiste. A défaut d’être un chef-d’oeuvre, « Két félidő a pokolban » reste une curiosité cinématographique.

L’histoire est donc transposée en Hongrie, au printemps 1944. Les officiers allemands demandent à l’un de leurs prisonniers de trouver onze footballeurs valables pour affronter une équipe de soldats allemands. Ce prisonnier est un ancien grand joueur, joué par l’acteur Imre Sinkovits et dénommé Ónódi.

L’ancien champion accepte l’idée du match à condition que l’on donne à ses joueurs de bonnes conditions d’entrainement, et en premier lieu de la nourriture. Les tensions s’exacerbent ainsi parmi les prisonniers. Nombreux sont ceux qui postulent, moins pour taper dans le ballon que pour pouvoir manger à sa faim. Des discussions s’animent également sur l’idée d’accepter ou non de jouer le match, celui-ci n’ayant d’autre but que de contribuer à la propagande nazie.

Le match a lieu dans un champ muni de buts où l’on a érigé une tribune pour les nombreux nazis venus assister à l’événement. De l’autre coté du terrain, quelques prisonniers éclopés ont la permission d’assister à la rencontre pour encourager leurs amis. Ils n’ont d’yeux que pour Ónódi mais celui-ci est comme absent. Il n’a pas obtenu des officiers allemands l’assurance que lui et ses coéquipiers seront sains et saufs quelque soit l’issue de la rencontre. Craignant d’y laisser sa vie, il laisse les Allemands inscrire trois buts. Mais le démon du jeu reprend le dessus et il permet à l’équipe hongroise de réduire l’écart juste avant la pause.

En deuxième période, les Hongrois remontent au score et obtiennent la victoire sur un penalty. Zoltán Fábri pose dès 1962 les bases des films ayant le foot comme thème majeur : La remontée au score alors que tout semble perdu, et le penalty décisif comme scène finale, deux ressorts scénaristiques qui seront souvent utilisés à l’avenir dans les projets du même genre.

La remontée au score rapproche la fiction d’un autre fait réel lié au football et à la guerre qui eut lieu en 1941 : les joueurs du Rapid Vienne, représentants d’une Autriche occupée par les nazis, étaient parvenus à renverser une finale du championnat d’Allemagne, passant d’un 0-3 à 4-3 contre le favori Schalke 04. Il y a sans doute une référence inconsciente à cet événement, mais sans doute Zoltán Fábri est-il également, comme tout magyar passionné de foot, encore affecté par la finale de la Coupe du Monde 1954 où la grande équipe de Hongrie avait subi elle aussi une incroyable remontée face à la RFA.

Le penalty d’Ónódi provoque une succession de scènes qui vont du comique eu dramatique. Ce tir au but est accordé par l’arbitre, un Italien au bras plâtré. Une décision qui provoque le courroux des officiers nazis, l’un d’eux descendant même de la tribune officielle pour entrer sur le terrain et intimer à l’homme en noir l’ordre de revenir sur sa décision (Une scène qui a peut-être influencé un émir koweitien, allez savoir). Mais l’Italien reste inflexible.

Ensuite, une tension extrême entoure ce penalty. Au delà du suspens que provoque d’ordinaire une telle phase de jeu, il se trouve que Ónódi, alors qu’il prend son élan, ne sait toujours pas s’il restera vivant en cas de victoire des siens. Bref, s’il marque, peut-être va-t-il mourir aussitôt. Sur le bord du terrain, certaines voix le supplient de ne pas marquer.

On ne vous raconte pas la fin, elle est trop triste.

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