Mort un dimanche de buts

Mort un dimanche de buts

ROMAN – « Le Vainqueur de coupe » (Denoël, 1981) de Rachid Boudjedra s’inspire de l’histoire réelle de l’assassinat, en 1957, d’un dignitaire algérien en marge de la finale de la Coupe de France au stade de Colombes.

Rachid Boudjedra "Le vainqueur de Coupe" (Folio)

Le dimanche 26 mai 1957, le stade de Colombes abrite la quarantième finale de la Coupe de France, qui propose une affiche inédite : Angers contre Toulouse. Pour fêter les quarante ans de l’épreuve, la Fédération Française de Football a demandé à un arbitre anglais, Jack Clough, de venir arbitrer la rencontre. C’est le premier, et seul, arbitre étranger à avoir officié en finale de Coupe de France. Cette finale, remportée 6-3 par le Toulouse FC, reste aujourd’hui encore la plus prolifique en buts.

Parallèlement à cette rencontre, un autre événement beaucoup plus dramatique a lieu au stade de Colombes. Alors qu’il venait d’assister au match aux côtés du président René Coty, l’ancien vice-président de l’Assemblée algérienne Ali Chekkal est assassiné. Mohamed Ben Sadok, le meurtrier membre du FLN, est arrêté sur le champ. Son procès six mois plus tard aura un grand retentissement.

C’est sur cette journée particulière du 26 mai 1957 que revient l’auteur algérien Rachid Boudjedra, dans son roman « Le vainqueur de Coupe« . On y suit pas à pas le parcours de l’homme venu commettre un meurtre au nom du FLN, chaque paragraphe étant entrecoupé d’un commentaire sur le match qui se déroule au stade de Colombes.

Ecrivain engagé, très populaire en Algérie, Rachid Boudjedra a participé à de nombreux combats. Ceux pour l’indépendance de son pays, acquise en 1962, puis contre certains dirigeants comme le Colonel Houari Boumédiène qui l’a interdit de séjour et condamné à mort. Après son retour d’exil, il sera opposé au fondamentalisme religieux qui couvrira son pays dans les années 1990. Rachid Boudjedra a pourtant eu le temps d’écrire de nombreux romans, et de très bons comme La Répudiation (1970), La Vie à l’endroit (1997) et Les Figuiers de Barbarie (2010).

« Le vainqueur de coupe » n’est pas son roman le plus connu, mais il y exprime son talent pour le roman noir, son goût de la politique et sa passion du foot.

Rachid Boudjedra "Le vainqueur de coupe" (Denoël)