ISS Pro Evolution

ISS Pro Evolution, et le jeu devint football

JEUX VIDÉO – En 1999, KCET change à jamais la face de la simulation de football avec ISS Pro Evolution, épisode charnière de la lignée Winning Eleven.

La fin des années 90 est pour le jeu vidéo l’avènement de l’ère 3D. Certains jeux de cette époque ont très mal vieilli, d’autres ont au contraire posé des jalons. ISS Pro Evolution, développé par Konami Computer Entertainment Tokyo (KCET), fait partie de cette seconde catégorie.

Les jeux de football sont encore légion, de qualité très inégale voire très faible pour certains. Et chez Konami, ils sont deux studios (Osaka et Tokyo) à faire face notamment à FIFA. Quand le premier est responsable de la série générique International Superstar Soccer (Deluxe et 64 sont les épisodes les plus marquants), le second développe, dès 1996, des titres plus sérieux et plus orientés simulation, à travers la saga Winning Eleven, telle qu’elle sera appelée au Japon.

Les opus initiaux sont prometteurs, notamment celui qui sera nommé ISS Pro 98 en Europe et en Amérique du Nord – avec les Marseillais d’alors Fabrizio Ravanelli et Andreas Köpke en jaquette, et qui pose les jalons de ce que deviendra ISS Pro Evolution, point de basculement et bouleversement pour la série et le genre tout entier. Le soft se concentre sur le réalisme, la construction collective, l’intelligence tactique, et offre enfin ce dont tout bon passionné de ballon rond rêvait : jouer, penser, sentir le jeu comme si on était sur un vrai terrain. Les vidéos l’attestent encore aujourd’hui: ISS Pro Evolution pue le foot.

ISS Pro Evolution

Surtout, il réussit constamment à trouver un équilibre parfait: entre simulation et arcade, entre réalisme et jeu vidéo, entre stratégie collective et profils individuels (paramètres à sérieusement prendre en compte). Alors certes, il est quasiment impossible de dribbler plusieurs adversaires (les armes sont encore sommaires de ce point de vue, mise à part la feinte de frappe carré+croix), mais c’est au profit de buts aux profils très variés, aux actions collectives gratifiantes et aux frappes lointaines pleines de patate. La physique de balle est un modèle du genre, un atout dont la série ne s’est jamais déparée. Les tirs et les centres doivent être correctement dosés, au contraire des passes et des une-deux qui restent encore malheureusement scriptés.

ISS Pro Evolution ne jouit pas des licences officielles, mais qu’importe, il va en profiter pour se créer sa propre légende. Singeant à la perfection les vrais maillots, il joue des noms des joueurs et donne naissance à Bartaiz, Wiltordu, Petiot, Anilkar, Djerkoff, Ravoldi. Le soft propose tout de même un choix très large de stades et un mode de jeu qui va coller à la peau de la série: la Ligue des Masters. Dans cette sorte de super championnat européen fermé, on choisit son club et on part avec une équipe de pieds carrés. Petit à petit, les victoires et les buts amenant de l’argent, on recrute et on constitue une formation redoutable. Pas de négociation ici, mais la sensation grisante d’écrire une histoire et de construire une équipe de rêve.

ISS Pro Evolution

D’un point de vue purement conceptuel et footballistique, ISS Pro Evolution avait tout compris et on ne voit pas ce qu’on peut lui reprocher. Il n’a probablement que les défauts et les limites de son époque, encore qu’il ait extrêmement bien vieilli. Le visage de la simulation de football ne sera plus jamais le même après ISS Pro Evolution. Son réalisme gagne le coeur des joueurs et permet à la série de supplanter le rival FIFA, dont l’orientation est à l’opposé, vers un gameplay arcade. Les améliorations bonifient les opus Winning Eleven jusqu’à trouver l’apothéose sur PlayStation 2, où la série prendra le nom Pro Evolution Soccer en Europe.

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