Ryszard Kapuscinski

Quand le foot s’en va-t-en guerre

LIVRE – Le récit « La guerre du foot » de Ryszard Kapuściński (1969) démontre que le foot peut mener à tout : A la folie, à la guerre, mais aussi à l’excellence littéraire.

Ainsi tout serait parti d’un match de foot. La guerre de cent heures qui opposa le Honduras au Salvador, en juillet 1969, se serait déclenchée suite à un match qui opposait les deux petits pays d’Amérique Centrale dont les relations étaient particulièrement tendues.

Vives tensions à Tegucigalpa

Les deux équipes sont opposées à un barrage aller-retour qui doit qualifier l’une des deux pour la Coupe du Monde, qui se déroule l’année suivante au Mexique, le voisin géant. Pour expliquer la situation, il est nécessaire d’en simplifier les contours. Nous sommes en présence de deux pays voisins que tout oppose : Le Salvador, petit pays surpeuplé et perché sur le Pacifique, et le Honduras, coté Atlantique, sept fois plus grand mais beaucoup moins peuplé.

Inévitablement, de nombreux agriculteurs salvadoriens ne trouvant plus leur place au pays ont émigré chez le voisin où les terres ne sont pas rares. Tout aurait pu se passer pour le mieux puisque chacun des deux pays est plutôt favorable à cette migration. Mais rapidement les choses tournent à l’aigre. L’homme étant ce qu’il est, des tensions très vives empoisonnent les relations entre communautés, bien alimentées par des personnages politiques en quête de pouvoir.

Lorsque le match aller oppose les deux équipes à Tegucigalpa, capitale du Honduras, la tension est à son comble. Le reporter polonais Ryszard Kapuściński se rend sur place. Non pas qu’il soit vraiment intéressé par les choses du foot, mais son intuition de journaliste lui fait comprendre qu’une guerre peut éclater à tout moment. Les événements lui donnent malheureusement raison. Le match a été le détonateur d’un conflit certes très court (quatre jours), mais qui fit quand même plus de 3000 morts.

Le foot et la guerre

Le récit de Ryszard Kapuściński n’a bien sûr qu’un rapport lointain avec le ballon. Le journaliste polonais est avant tout un reporter de guerre doublé d’un écrivain d’une qualité exceptionnelle. « La guerre du foot » est un récit palpitant, instructif, précis où l’auteur donne sa pleine mesure, racontant ses propres péripéties, avec quelque fois beaucoup d’humour, même au beau milieu d’événements dramatiques.

Le livre qui contient le récit portait le même titre mais sera rebaptisé « Il n’y aura pas de paradis » lors de sa réédition en 2004. Il contient d’autres textes, où l’auteur nous emmène au coeur des émeutes, des coups d’état et des guerres, un peu partout dans le monde là où l’humanité en vient à se déchirer et les hommes à s’entretuer.

Ryszard Kapuściński (1932-2007), est une référence dans le monde du journalisme. Dans un style aussi mesuré qu’exaltant, où il mêle la désolation et l’ironie, il a écrit plusieurs ouvrages de référence, notamment sur le Shah d’Iran (« Le Shah« , 1982), sur Haile Selassié (« Le Négus« , 1978) et surtout sur le continent africain, son chef-d’oeuvre, le magnifique et dramatique « Ebène« , qui sera élu meilleur livre de l’année 2000.

A propos de Ryszard Kapuściński et de la guerre du foot