Satue Zidane Adel Abdessemed

Coup de boule et polémiques

SCULPTURE – En octobre 2012, une gigantesque sculpture de Abel Abdessemed est dressée devant le centre Pompidou à Paris, qui représente Zinedine Zidane frappant son adversaire italien d’un fameux coup de boule. Vives polémiques place Beaubourg.

A l’occasion d’une exposition qui lui est consacrée, l’artiste français Abel Abdessemed a dressé devant le centre Pompidou une statue représentant Zinedine Zidane envoyant un fameux coup de boule sur la poitrine de Marco Materazzi.

Ode à la défaite

La sculpture de bronze, qui mesure plus de plus de cinq mètres de haut et pèse quelques tonnes, n’a pas laissé les promeneurs de Beaubourg indifférents. L’œuvre d’art est superbe, mais elle suscite nombre de polémiques, autant que celles qui ont suivi le geste du capitaine de l’équipe de France lors de la finale de la Coupe du Monde contre l’Italie, le 9 juillet 2006 à Berlin (lire notre article Eloges d’un coup de boule).

Selon Alain Michaud le commissaire de l’exposition, cette statue est une ode à la défaite : « Elle s’oppose à la tradition qui consiste à faire des statues en l’honneur des certaines victoires« . Il s’agit en effet d’une œuvre d’art destinée à faire réfléchir et non pas à glorifier son sujet.

Plusieurs voix se sont élevées, notamment celles des présidents de districts du foot français qui dans une lettre ouverte demandent carrément à l’ancien capitaine des Bleus de faire retirer l’œuvre d’art.

(…) En faisant ce choix provocateur et en raison de la force du symbole, l’auteur a délibérément choisi d’occulter tout votre talent et toutes les émotions positives que vous avez su faire partager à notre pays (…) Aussi nous nous adressons aujourd’hui à l’ancien champion sportif, au futur entraîneur, à l’homme et surtout au papa que vous êtes, afin que vous puissiez dénoncer et faire cesser immédiatement cette utilisation négative de votre image. (…) En prenant cette position de clarté, qui serait tout à votre honneur, vous témoigneriez ainsi de votre soutien indéfectible aux valeurs éducatives de notre football, pour lesquelles nous sommes nombreux à nous battre (…)

Appel à la censure

Alin Seban, président du Centre Pompidou, se dit choqué par cette demande : « C’est ni plus ni moins un appel à la censure. Je ne peux pas croire qu’il soit dans leur esprit d’empêcher les artistes de créer. »

Noël Le Graët, président de la Fédération Française de Football, fait une réponse assez diplomatique : « Je n’ai rien à dire sur l’œuvre d’art. Je regrette par contre la situation dans laquelle elle met Zidane. Les présidents de district ont bien fait de lui adresser cette lettre. C’est maintenant à lui de nous dire ce qu’il ressent. »

Zinedine Zidane ne s’exprimera pas. Par contre l’autre protagoniste de la statue, l’Italien Marco Materazzi profite d’une escapade à Paris pour se faire photographier devant l’œuvre d’art.

Celle-ci ne sera démontée qu’à la date prévue, le 7 janvier 2013, à la fin de l’exposition et aura vécu trois mois, le temps de laisser aux touristes la joie de poser devant Zidane en cet instant historique.

Richard Coudrais

La sculpture de cinq mètres de haut est ensuite exposée durant l’été 2013 à Pietrasanta en Italie, à l’occasion d’une exposition sur les rapports artistiques entre la France et l’Italie. Puis en octobre 2013, elle se retrouve sur la corniche de Doha. Elle est en effet achetée par Musée arabe d’art moderne de la capitale du Qatar, dans le cadre d’une exposition consacrée à Adel Abdessemed.

De Doha à Dinard

Elle doit rester sur le port de Doha jusqu’en 2022 pour la Coupe du Monde organisée par le richissime émirat. Mais rapidement, elle fait polémique. Pour le geste négatif qu’elle représente, mais aussi parce qu’elle va à l’encontre de la culture religieuse du pays. En effet, les représentations d’êtres vivants ne sont pas encouragées par l’Islam. Au bout d’un mois, la statue est retirée du port de Doha.

Statue Zidane Doha Adel Abdessemed

Quelques mois plus tard, l’homme d’affaire français François Pinault fait savoir qu’il est intéressé par la statue. Collectionneur d’art, il envisage en effet de l’installer dans le jardin d’une villa de luxe qu’il a rénové à Dinard, au bord de la mer au nord de la Bretagne. L’œuvre devait surplomber le chemin de ronde, à la vue des promeneurs, mais elle ne viendra jamais à Dinard. Alors qu’aucune opposition ne fut officiellement déclarée, certaines personnes auraient, en privé, découragé le milliardaire dans son projet.

L’oeuvre d’art aurait pu devenir un objet d’attraction touristique et une curiosité pour les promeneurs. Elle reste aujourd’hui une œuvre maudite et indésirable.

En 2016, on retrouve finalement la statue à Avignon, dans la cour du musée d’art contemporain La Collection Lambert en Avignon, où les polémiques se poursuivent sans relâche.

A propos d’Abel Abdessemed et du coup de boule de Zidane