Chasse à l'homme à Rouen

Chasse à l’homme à Rouen

FILM – Avec « A mort l’arbitre » (1984), Jean-Pierre Mocky se plonge dans l’univers des supporters de foot et de la violence qu’ils génèrent. Dramatiquement visionnaire.

(Article mis à jour le 18 août 2020)


Quelle idée aussi de confier l’arbitrage d’un match de foot décisif à Eddy Mitchell ! On le voit pourtant bien qu’il n’est pas à son affaire, le Schmoll. Il n’a jamais mis les pieds sur un terrain de foot, ça se voit. Il suffit de voir comment il brandit un carton…

Connerie humaine

Bienvenue dans l’univers de Jean-Pierre Mocky, roi du film fauché et metteur en scène avisé de la connerie humaine. Le réalisateur, qui a déjà bousculé la politique et la religion, a décidé de s’en prendre au foot en 1984 et de plonger dans l’univers des supporters et de la violence que leur passion génère.

Le scénario, co-écrit avec Jacques Dreux d’après le roman « The death penalty » de l’anglais Alfred Draper, est d’une tragique banalité : Un groupe de supporters se met en chasse de l’arbitre d’une rencontre de football qui a mal tourné pour eux et leur équipe.

Si l’essentiel du film a été tourné à Nogent-sur-Marne, les scènes de foot ont été tournée un soir de 1983 au stade Robert-Diochon, au Petit-Quevilly, une commune proche de Rouen. Très exactement le 17 septembre 1983 à l’occasion d’une rencontre entre le FC Rouen et le RC Strasbourg (2-2), à l’époque une affiche de première division. Mocky avait visité plusieurs stades avant de faire son choix sur l’antre du FC Rouen. « Je voulais voir des immeubles depuis le stade. » précisera le réalisateur, très attaché à la Normandie où il a déjà tourné deux films.

Le rôle de l’arbitre devait être joué par Daniel Auteuil. Mais le sous-doué a finalement décliné l’offre et le rôle à échu au chanteur Eddy Mitchell. Cette solution, selon Mocky, n’a pas été du goût de Michel Serrault qui appréciait peu ces chanteurs qui s’essayaient au septième art. Ainsi le tournage a-t-il été rythmé par le conflit qui opposait les deux hommes… qui deviendront amis quelques années plus tard quand Étienne Chatiliez les réunira dans « Le Bonheur est dans le pré » en 1996.

Une autre fin

Le conflit a même été jusqu’à modifier la fin du film. Alors qu’il était prévu que l’arbitre tue le supporter, et que les scènes avaient été mises en boite dans ce sens, Michel Serrault a demandé à ce qu’on change cette fin qui ne lui convenait pas. Ainsi une autre fin a été rejouée et retenue dans le film, où le personnage de Serrault parvient à tuer celui de Mitchell.

Michel Serrault va connaitre l’une de ses meilleures interprétations dans le rôle du supporter stupide et violent. Carole Laure, qui joue la fiancée de l’arbitre, participe quand à elle à son deuxième film foot. Elle figurait en effet au générique de « A Nous la Victoire« .

Le film sorti le 22 février 1984. Malgré de bonnes critiques, il ne connait pas un grand succès en salles. En outre, la Fédération Française de foot et ses arbitres font savoir qu’il n’accordent aucun crédit à ce film, jugé violent et nuisible à l’image du sport. « A mort l’arbitre » en effet est le premier film en France traitant du foot sous son aspect violent. Ce qui tombe mal quand le pays prépare l’organisation de l’Euro 84…

Seize mois après la sortie du film, le drame du Heysel émeut le monde du foot. Cette tragédie qui fait 39 morts fait prendre conscience au grand public du phénomène de la violence dans les groupes de supporters. A la télévision, les Dossiers de l’Ecran reprennent alors le film de Mocky pour introduire les débats sur la violence dans le foot. Ainsi, si sa carrière cinématographique est restée très décevante, « A mort l’arbitre » réalise toujours un excellent audimat quand il est diffusé sur petit écran.

A propos de Jean-Pierre Mocky et « A mort l’arbitre«