Chasse à l’homme à Rouen

A mort l'arbitre

FILM – Avec “A mort l’arbitre” (1984), Jean-Pierre Mocky se plonge dans l’univers des supporters de foot et de la violence qu’ils génèrent. Dramatiquement visionnaire.

(Article mis à jour en juin 2021)


En janvier 1965 au stade Robert-Diochon, à l’occasion d’un match Rouen-Nantes, l’arbitre avait été tellement impressionné par l’hostilité et les menaces du public qu’il profita de la mi-temps pour quitter les lieux sans demander son reste. L’anecdote avait fait sourire à l’époque, et elle aurait pu inspirer Jean-Pierre Mocky, qui tourna justement les scènes de football de son film “A mort l’arbitre” au stade Robert-Diochon.

Connerie humaine

Mais le réalisateur et son scénariste Jacques Dreux se sont en fait inspiré d’un roman anglais, “The death penalty” écrit par le Britannique Alfred Draper. Un polar d’une tragique banalité : Un groupe de supporters se met en chasse de l’arbitre d’une rencontre de football qui a mal tourné pour eux et leur équipe. Du pain bénit pour Jean-Pierre Mocky, roi du film fauché et metteur en scène avisé de la connerie humaine. Le réalisateur a déjà bousculé la politique et la religion. Pour son vingt-deuxième long-métrage, sorti en 1984, il s’en prend au football et se plonge dans l’univers des supporters les plus violents.

Le rôle de l’arbitre aurait dû être joué par Daniel Auteuil. Mais le sous-doué a finalement décliné l’offre et le rôle à échu à Eddy Mitchell. Une drôle d’idée à vrai dire, tant le chanteur n’a pas le physique de l’emploi. Il n’a pas non plus les gestes d’un arbitre du monde professionnel. Peu importe. Ce drôle d’arbitre ne le sait pas encore, mais ce match sera sa dernière séance.

Le choix d’Eddy Mitchell n’a pas été du goût de Michel Serrault qui appréciait peu ces chanteurs qui s’essayaient au septième art. Ainsi le tournage a-t-il été rythmé par le conflit qui opposa les deux hommes… lesquels deviendront de très bons amis quelques années plus tard quand Étienne Chatiliez les réunira dans “Le Bonheur est dans le pré” en 1996.

Le conflit a même été jusqu’à modifier la fin du film. Alors qu’il était prévu que l’arbitre tue le supporter, et que les scènes avaient été mises en boite dans ce sens, Michel Serrault a demandé à ce qu’on change cette fin qui ne lui convenait pas. Ainsi de nouvelles scènes ont été filmées et retenues où le personnage de Serrault parvient à tuer celui de Mitchell.

Une autre fin

Si l’essentiel du film a été tourné à Nogent-sur-Marne, les scènes de foot se déroulent au stade Robert-Diochon, au Petit-Quevilly, une commune proche de Rouen. Le 17 septembre 1983, le FC Rouen accueillait Strasbourg à l’occasion d’une rencontre de première division. Mocky avait visité plusieurs stades avant de faire son choix sur l’antre du FC Rouen. “Je voulais voir des immeubles depuis le stade” précisera le réalisateur, très attaché à la Normandie où il a déjà tourné deux films.

Michel Serrault va connaitre l’une de ses meilleures interprétations dans le rôle du supporter stupide et violent. Carole Laure, qui joue la fiancée de l’arbitre, participe quand à elle à son deuxième film de foot. Elle figurait en effet au générique de “A Nous la Victoire“. Et comme souvent, Jean-Pierre Mocky lui-même joue un petit rôle, celui de l’inspecteur de police qui cherche à enrayer cette folie.

Le film sorti le 22 février 1984. Malgré de bonnes critiques, il ne connait pas un grand succès en salles. En outre, la Fédération Française de foot et ses arbitres font savoir qu’il n’accordent aucun crédit à ce film, jugé violent et nuisible à l’image du sport. “A mort l’arbitre” en effet est le premier film en France traitant du foot sous son aspect violent. Ce qui tombe mal quand le pays prépare l’organisation de l’Euro 84…

Seize mois après la sortie du film, le drame du Heysel émeut le monde du foot. Cette tragédie qui fait 39 morts fait prendre conscience au grand public du phénomène de la violence dans certains groupes de supporters. A la télévision, les Dossiers de l’Ecran reprennent alors le film de Mocky pour introduire les débats sur la violence dans le foot. Ainsi, si sa carrière cinématographique est restée très décevante, “A mort l’arbitre” réalise toujours un excellent audimat quand il est diffusé sur petit écran.

A propos de Jean-Pierre Mocky et du film “A mort l’arbitre”

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