Eloge du mauvais geste

La morale du champion

LIVRE – Dans son essai « Eloge du mauvais geste« , le philosophe Ollivier Pourriol décrit six fameuses situations où le footballeur s’est un jour égaré. Et analyse chacune d’elle sous l’angle de la morale.

Un match de  football n’est pas une leçon de morale. Ce n’est pas toujours le meilleur qui gagne à la fin, ni même le plus méritant. Au nom de la morale pourtant, on réclame toujours aux footballeurs qu’ils soient irréprochables. Surtout aux plus grands. Mais un jour, une fois, le héros craque et s’oublie dans un geste méprisable.

C’est Schumacher, le gardien allemand, qui s’en va percuter Battiston en pleine course au point de l’assommer. C’est Maradona qui marque un but décisif en poussant le ballon du poing. C’est Platini qui manifeste sa joie devant les tribunes du Heysel où l’on compte les morts. C’est Cantona qui frappe violemment un supporter qui venait de l’insulter. C’est Zidane qui donne un coup de tête sur la poitrine de l’Italien Materazzi. C’est Thierry Henry qui contrôle le ballon de la main pour qualifier son équipe à la Coupe du Monde.

Trois actes de violence, deux tricheries, une joie déplacée. Six mauvais gestes qui ont été vivement commentés en leur temps, six mauvais gestes exécutés par de grands joueurs amoureux souvent du beau geste.

Selon Ollivier Pourriol, chacun de ces gestes a échappé à son auteur. Le mauvais geste est un geste spontané : le champion, soudainement, s’aventure au-delà des règles. Il s’octroie un fulgurant moment de liberté et invente un geste impensable. C’est le revers de son génie, sa face cachée, son chef-d’oeuvre à l’envers.

Il ne faut pas juger le mauvais geste, mais chercher à le comprendre. Curieusement, chacun de ces gestes est perçu comme un fait majeur de la carrière du joueur qui l’a commis, alors qu’il n’est qu’une brève parenthèse, un moment d’oubli.

« Tout ce que je sais de la morale, je l’ai appris sur un terrain de foot » avait à peu près écrit Albert Camus. Une phrase mythique avec laquelle Ollivier Pourriol ouvre son essai. Et redéfinit la morale à travers des gestes de foot.