Les Yeux dans les Bleus

Derrière la porte bleue

FILM – Mieux qu’un reportage sur une équipe de France en route vers le sacre mondial, le documentaire « Les Yeux dans les Bleus » de Stéphane Meunier fait partie intégrante de l’histoire de la Coupe du Monde 1998.

Une équipe de moins-que-riens dirigés par un incompétent notoire, c’est un peu l’image qu’avaient les Français de leur équipe nationale au moment où celle-ci entamait, en juin 1998, sa Coupe du Monde à domicile. Un mois plus tard, cette équipe soulevait fièrement le trophée après une finale dominée de toutes parts face au grand favori brésilien.

Les yeux dans les Bleus

Quelque chose avait changé en France le 12 juillet 1998. Un sentiment inconnu de puissance et de fierté emplissait les Français, qui se mirent à réaliser qu’ils avaient, pour quatre ans au moins, la meilleure équipe de foot du monde. Dès le lendemain de la finale, Canal Plus avait eu la bonne idée de diffuser « Les yeux dans les Bleus« , un reportage de Stéphane Meunier, qui s’était immiscé dans l’intimité de l’équipe de France pendant le tournoi, muni d’une petite caméra numérique, une révolution à l’époque. Le film touche des millions de français et, tout autant que la victoire finale, retourne l’opinion en faveur de ses Bleus.

« Les yeux dans les Bleus » a en effet grandement contribué à la rédemption du sélectionneur Aimé Jacquet. Trainé dans la boue par une certaine presse et de nombreux français, nul ne croyait cet homme au visage d’éternel angoissé et à la communication hésitante, capable d’emmener une sélection nationale au sommet. Le film démontrera que Jacquet était en vérité un sacré meneur d’hommes, et un entraîneur qui connait bien son métier. Dans ses discours d’avant-match, on découvrira surtout que Jacquet savait sentir certaines rencontres, presque en deviner le déroulement.

Les joueurs, eux aussi, ont grandement gagné à la diffusion du reportage. Longtemps considérés comme de jeunes prétentieux, le film a contribué à leur rendre un visage plus humain. Ils sont devenus des visages familiers, plutôt sympas comme Didier Deschamps, intarissable chambreur, Fabien Barthez, fumeur de clopes en cachette, Lilian Thuram qui n’aime rien tant que de se jouer des attitudes racistes.

La légende bleue

Stéphane Meunier a toujours tenu à ce que l’on présente « Les yeux dans les Bleus » comme un film et non pas comme un reportage. Car si le film a été dans l’ensemble très bien accueilli par les critiques (sportifs comme cinéma), quelques voix n’ont pas hésité à souligner l’oubli de quelques épisodes de l’aventure bleue, les joueurs exclus, le vague à l’âme de certains remplaçants, les petites tensions, la gueulante historique d’Aimé Jacquet à la mi-temps de la demi-finale contre la Croatie (celle-ci figure toutefois dans les bonus du DVD) et autres petits accrocs qui font partie de la vie d’un groupe. Stéphane Meunier s’est contenté de filmer la légende, et non pas la véritable histoire. Le film n’en est que plus beau.

« Les yeux dans les Bleus » est donc bien un film, avec son histoire, ses acteurs, sa mise en scène et ses phrases cultes : « Muscle ton jeu » que Jacquet adresse au jeune Robert Pirès. Ou « P’tit bonhomme« , ainsi que l’entraîneur appelle Bernard Diomède car son prénom lui échappe un instant. On note des points de détails croustillants, comme ce passage lors de la première diffusion où Zinédine Zidane, dans le bus, feuilletait L’Equipe., le journal honni du sélectionneur qui parviendra à faire couper le passage des diffusions futures…

Mezzanine

On retient également la musique, et l’omniprésent « I will survive » du Hermes House Band que l’on voit naitre dans les vestiaires. Le reste de l’illustration sonore est puisé dans « Mezzanine » magnifique album du groupe Massive Attack sorti la même année. On y entend également un « Ô happy day » pour célébrer les buts de Thuram en demi-finale, et le « Peace and tranquility to Earth » du DJ français Roudoudou pour le footing du générique.

Suite au succès de son film, Stéphane Meunier tournera deux suites à « Les yeux dans les Bleus« . L’une dans le cadre des matches de préparation de l’équipe durant la saison 2001-2002, l’autre durant la Coupe du Monde 2002. Ce sera une erreur. Les deux films seront ratés, réalisés trop mécaniquement et sans doute écrasés par le prestige du premier. Le réalisateur avouera quelques années plus tard avoir fait ces deux suites à la demande de son employeur et non de son propre chef.

Depuis « Les Yeux dans les Bleus« , le reportage inside est devenu un classique des épopées sportives. Mais aucun ne parvient à dépasser le film qui fait partie intégrante de l’histoire des Bleus de 1998.