Johnny Hallyday Tous Ensemble 2002

Regarde un peu la France

MUSIQUE – Si foot et musique se marient parfois bien en Angleterre, c’est rarement le cas de ce coté-ci de la Manche. Petite boutique des horreurs.

La chose nous était tombée dessus juste avant la Coupe du Monde 2002. Un rock miteux digne des pires Johnny Hallyday pour encourager l’équipe de France partie défendre son titre mondial en terres japo-coréennes. Il se trouve que le titre était bien chanté par Johnny Hallyday lui-même. Le chanteur français numéro un traîne beaucoup de casseroles dans son immense discographie, mais on était loin de penser qu’à presque soixante ans, il en arriverait là : Chanteur officiel de l’équipe de France 2002 ! Il est pourtant de notoriété publique que Jean-Philippe Smet s’intéresse très peu aux choses du ballon rond. Son joueur préféré ? Il répond « Zazie« 

La France est debout

Mais puisqu’il est de son devoir d’encourager les Bleus, Johnny n’a pu refuser ce « Tous ensemble » écrit par la rockeuse de diamant Catherine Lara. Chose extraordinaire, 530.000 exemplaires du single ont été vendus, pulvérisant tous les records en la matière. Dépassée Dalida, oubliée Denise Fabre, balayé Carlos ! Si Marcel Desailly, en bon capitaine de l’équipe de France, maintient officiellement qu’il s’agit « d’une bonne chanson… » , les autres joueurs pouffent de rire à son évocation. Le pire, c’est que l’on a peut-être échappé… à pire : si Johnny avait refusé, c’est certainement Francis Lalanne qui aurait décroché l’affaire.

En France, football est souvent assimilé à beauferie. C’est du moins l’image que renvoient à soixante millions de supporters les édiles aux manettes des médias. Lorsque leur est confiée d’imaginer la chanson officielle d’un tournoi ou d’une équipe, on tape inévitablement au niveau zéro du bon goût. Là où l’Angleterre fait appel à ses groupes pop les plus créatifs, la France se contente de hisser bien haut sa médiocrité.

Monty Allez les Verts

Tout a commencé au milieu des années 1970 avec l’épopée de l’AS Saint-Étienne, premier véritable engouement jamais connu en France pour une équipe de foot. Un certain Jacques Bulostin, plus connu sous le nom de Monty, compose le premier véritable tube franco-footballiste : « Allez les Verts » avec son imparable refrain « Qui c’est les plus forts évidemment c’est les Verts« .

Le refrain inonde les ondes et l’air est repris par de nombreux artistes en vogue. L’industrie du disque a investi le monde du football. Tous les clubs de France veulent désormais leur chanson : Naissent alors « Allez les Canaris » à Nantes, « Allez le Paris Saint Germain« , « Allez Lens » et autres ritournelles sur le même format.

Chansons officielles

Le SEC Bastia prend le relais de l’AS Saint-Étienne dans le feuilleton TV de la Coupe d’Europe. La vaillante équipe corse, finaliste de la Coupe UEFA 1978, devient à son tour l’objet de chansons à large diffusion. Nicolas Peyrac recycle un vieux tube « Je pars » pour un « Bastia » plutôt bâclé. Un groupe nommé Les Furianis sortent un « Forza Bastia« , aussitôt imité par Tino Rossi et son fils Laurent. H.Barbaggio annonce de son coté une « Tempête sur la Coupe d’Europe« .

Après Saint-Étienne et Bastia, c’est l’équipe de France qui revient au goût du jour grâce à une qualification à la Coupe du Monde après douze ans d’absence. La FFF (Fédération Française de Football) fait appel à Monty pour composer la Chanson Officielle de l’équipe de France, première du nom. Le morceau s’appelle, on l’aura deviné, « Allez les Bleus » et se vend à plus de 180.000 exemplaires. Si Fernand Sastre, président de la FFF, déclare trouver la chanson « sympathique« , Dominique Rocheteau, encore lui, est un peu plus sceptique : « Ce n’est vraiment pas terrible.« 

Pour les couleurs qu’on a choisies

La réussite de Monty a donné des idées, et lorsque les Bleus de Michel Hidalgo s’envolent en Espagne quatre ans plus tard pour la Coupe du Monde 1982, ils n’ont que l’embarras du choix pour choisir leur chanson. Un panel impressionnant d’artistes divers et variés se sont en effet piqués de foot et ont lancé une véritable guérilla discographique. Les plus notables sont le viril « Victoria, Victoria » par les dénommés Seniors, ainsi que le « Allez la France » de Dalida. On note également le consternant « A qui la koukoupe ? » de Jean Roucas. Finalement, le label officiel aura été remporté d’une courte tête par la speakerine Denise Fabre avec son « Ollé la France« . On aura noté la subtilité de l’astuce dans le titre…

1986. Troisième Coupe du Monde consécutive pour les Bleus, qui pour la première fois figurent parmi les favoris à la victoire finale. La chanson doit être à la hauteur, il s’agit de ne pas rater son coup. On torche des paroles compréhensibles par le plus demeuré des supporters gaulois (les responsables s’appellent Claude Lemesle et Sylvain Lebel), on réunit une sorte de Dream Team de la gaudriole bien de chez nous (Patrick Sébastien, Carlos, Sim, Michel Boujenah, Marcel Amont, Didier Barbelivien, Sacha Distel, Philippe Lavil, Herbert Léonard et Enrico Macias) et cela donne « Viva les Bleus« . Cent mille exemplaires seront vendus, on se demande encore comment. Aujourd’hui, certains acteurs de cette beauferie sont frappés d’amnésie lorsqu’on évoque ce glorieux passage de leur carrière.

Par la suite, l’équipe de France traverse à son tour un passage à vide. La passion du foot français est relayée par l’Olympique de Marseille. Monty revient sur le devant de la scène avec un « Oh ! Aime » qui passe complètement inaperçu. Il semble que le mix foot et musique passe de mode en France.

Cause you’re not welcome anymore

En 1993, l’équipe de France pratiquement assurée de participer à la Coupe du Monde aux Etats Unis. Il ne reste aux hommes de Gérard Houiller qu’un petit point à prendre sur deux rencontres à domicile face à Israël puis la Bulgarie. Les animateurs du Parc des Princes croient bon de diffuser en boucle « L’Amérique, l’Amérique » de Joe Dassin. On sait ce qu’il advint : deux piteuses défaites, et une rocambolesque élimination. En fait, c’est une chanson d’Eddy Mitchell qui aurait dû être diffusée : « C’était pourtant pas loin l’Amérique, ils n’ont pas su y aller…« .

On ne retrouve donc l’équipe de France en Coupe du Monde qu’en 1998. Question à mille francs : Quelle était la véritable Chanson Officielle des Bleus pour la Coupe du Monde 1998 ? On l’a complètement oublié, mais cette tâche avait été dévolue au massif Carlos avec son typique « Allez la France, allez les Bleus« . Un flop terrible, balayé de surcroît par le « la-la-la-la » du Hermes House Band, choisi par les joueurs.

Moralité : Plus leur Chanson Officielle passe inaperçue, plus les Bleus ont de chances de remporter la Coupe du Monde !