I'm only the piano player

I’m only the piano player

MUSIQUE – Sir Elton John a longtemps été le président-mécène d’un club professionnel, le Watford Football Club. Une passion qui lui arrachera les larmes un soir de finale perdue à Wembley.

(Article originel publié en 2006 sur le site kick’n’rush.com. Mis à jour en avril 2015)

Watford, une petite ville à quelques encablures de Londres, est avant tout connue dans le monde pour son club de foot qui défraya la chronique au début des années 1980 en semant la panique dans le championnat anglais. Une équipe offensive et un club sympa, détenu par une pop-star d’envergure, Elton John.

Don’t Go Breaking my Heart

C’est bien grâce à celui qui jouait du piano debout que le club du Hertfordshire est sorti de l’anonymat. En 1974, une journaliste du NME signale au chanteur que son club favori est mal en point. Il se noie dans les profondeurs de la troisième division et n’a plus un sou en caisse. La star à lunettes organise alors un concert à Vicarage Road, le stade du club. Il appelle en renfort son ami Rod Stewart, un autre mordu de foot, et le show attire plus de quarante mille spectateurs. Les 20.000 livres récoltées sont une bouffée d’oxygène pour le club. C’est ainsi qu’Elton John, son smoking rose et ses lunettes à écailles, ont fait leur entrée dans le monde du football, pourtant réputé conservateur et plutôt homophobe.

Elton John (Watford)

De l’extérieur, on voit cet engagement comme une excentricité de plus. Mais la star ne se contente pas d’attirer les projecteurs vers le club. Elton John prend sa mission de dirigeant très au sérieux. Suite à la relégation de 1975, il élève suffisamment la voix pour imposer le manager auquel il croit : Graham Taylor, un jeune entraîneur qui s’est distingué en faisant du Lincoln FC une terreur de la troisième division. Pour faire bonne mesure, il offre à son jeune coach un conseiller de luxe, l’ancien manager d’Arsenal Bertie Mee. Les résultats ne se font pas attendre : Dès la première saison de l’ère Taylor, Watford est champion de quatrième division. L’année suivante, même topo à l’étage au dessus et Watford débarque en deuxième division.

Elton John devient officiellement le président du club en 1977. Un président pas toujours présent, tournées mondiales obligent. Un président quelque peu infidèle également puisqu’il investit dans le même temps au club américain des Los Angeles Aztecs où est rendu son joueur préféré George Best. Mais un président qui reste concerné par les matches du club de son enfance. A l’époque où les transmissions d’informations ne sont pas aussi perfectionnées qu’aujourd’hui, Elton John fait la fortune des telecoms internationaux en restant de longues minutes au bout du fil pour suivre un match.

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Ce président pas comme les autres est, semble-t-il, de ceux qui laissent travailler leurs entraîneurs. Pour évoquer ses relations avec son patron, Graham Taylor avait eu ce mot savoureux : « Je ne lui parle jamais de mes goûts musicaux. Comme ça, il évite de me donner son avis sur le foot« . L’ascension du Watford Football Club se poursuit en 1982, où les Hornets atteignent la Première Division. On ne leur promet qu’un bref passage, mais le club fait beaucoup mieux que s’accrocher : Il termine deuxième, derrière Liverpool, mais bien devant Manchester, Tottenham et consorts.

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Le jeu du Watford FC n’est certes pas des plus élaborés. Graham Taylor est un adepte du kick’n’rush primaire, mais il peut se le permettre grâce à une poignée d’attaquants – John Barnes, Luther Blissett, Mo Johnston, Nigel Callaghan – qui savaient marquer des buts. Et il valait mieux car la défense était plutôt poreuse, et son gardien de but pas souvent inspiré. Bref Watford permettait de voir des buts, beaucoup de buts, dans un sens comme dans l’autre.

Sad song

La saison suivante, le club s’offre une escapade en Coupe UEFA (Kaiserlautern et le Levski Sofia balayés avant que le Sparta Prague ne mette fin à l’aventure) puis un joli parcours en FA Cup qui l’emmène jusqu’à Wembley. La défaite contre Everton en finale arrachera d’émouvantes larmes à la superstar, au point d’occulter la joie de ses adversaires vainqueurs.

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L’euphorie durera jusqu’en 1987, jusqu’à ce que Graham Taylor quitte le club (Il sera plus tard appelé à diriger la sélection anglaise). Elton John, de son coté, connait quelques problèmes divers, et choisit de vendre ses parts au businessman Robert Maxwell. Fin d’une époque : En 1988, Watford est relégué en Division II.

La suite de l’histoire est moins glamour. Watford ne parvient pas à revenir parmi l’élite. Pire, ses résultats sont tels que le club, en 1996, descend en troisième division. A croire qu’un seul homme soit capable de faire vivre ce club, on supplie Elton John de revenir aux affaires. Nommé président à vie, le chanteur rappelle Graham Taylor, comme directeur tout d’abord, puis comme entraîneur puisque celui en place ne faisait décidément pas l’affaire. Et c’est le miracle : Watford termine en tête de la D3 en 1998. La saison suivante, les Frelons se qualifient pour la Premier League ! Les meilleures choses ayant une fin, Watford ne fait pas un pli et redescend aussitôt en deuxième division. Graham Taylor quitte alors le club, une deuxième fois.

I’m still standing

Longtemps Sir Elton John est resté président à vie du club. Il n’a plus de fonction exécutive au sein du club, mais il donne de temps en temps un concert à Vicarage Road, histoire de renflouer les caisses. En 2008 toutefois, le chanteur annonce qu’il se retire des choses du foot. Président à l’ancienne, sir Elton ne se retrouvait sans doute plus dans ce football anglais résolument tourné vers la finance et le marketing.

En 2014, le stade de Vicarage Road inaugure une tribune à son nom, le Sir Elton John Stand.

A propos d’Elton John et du Watford FC