Foot et géographie

Foot et géographie

GÉOGRAPHIE – Pour beaucoup de fans, le foot et notamment la Coupe du Monde a été une ouverture sur le monde et sa géographie. Il y a pourtant bien des pièges à éviter.

(Article mis à jour le 22 juillet 2015)

Il ne faut pas chercher très loin la raison de nos bonnes notes en géographie lorsque nous étions à l’école : on les doit avant tout au foot. C’est bien grâce à la Coupe du Monde que l’on a découvert des pays comme l’Uruguay, le Cameroun, le Koweit et le Honduras, ces pays qui ne doivent souvent leur renommée qu’aux talents de leurs footballeurs. Seulement, la géographie que nous enseigne le foot est loin d’être d’une exactitude absolue. Il y a en effet des équipes qui représentent des pays pas vraiment indépendants.

L’exemple le plus fameux nous vient des nations britanniques. N’avons-nous pas longtemps cru que les équipes d’Angleterre, d’Écosse, du Pays de Galles et de l’Irlande du Nord représentaient des pays à part entière ? Or, quitte à fâcher l’ensemble de la diaspora celte, ces quatre nations font bien partie d’un seul et même pays, le Royaume Uni. Du temps où le foot n’avait pas encore conquis le monde, les Britanniques disputaient déjà leur propre coupe du monde, le Home British Championship qui mettait aux prises les quatre « équipes nationales » du pays. Lorsque la FIFA entreprit d’intégrer le Royaume Uni, celui-ci n’accepta qu’à la seule condition que soient inscrites les quatre fédérations. La FIFA craignait tellement de ne pas avoir les maîtres du foot dans son giron qu’elle accepta sans discuter. Depuis, ce statut privilégié n’a jamais été remis en cause.

Pourtant, les textes de la FIFA étaient clairs : Une équipe par fédération, une fédération par nation. Mais qu’est-ce qu’une nation ? Dès sa création, la FIFA avait été confronté à la question lorsqu’on lui soumit l’inscription de la Bohème. Cet état était certes autonome, mais faisait partie intégrante de l’empire austro-hongrois. Les fédérations autrichiennes et hongroises, qui avaient pu inscrire leurs propres équipes, demandèrent l’exclusion de la petite Bohème. La FIFA s’exécuta aussitôt. Selon que vous serez puissant ou misérable…

En 1945, la création de l’Organisation des Nations Unies (ONU) enlève une belle épine du pied à la FIFA. Celle-ci peut s’appuyer sur un organisme reconnu pour déterminer ou non l’indépendance d’un pays. Mais cela ne l’empêche pas de s’autoriser quelques petits écarts.

Prenons au hasard les Iles Féroé. L’archipel perdu dans le nord de l’Atlantique n’est pas considéré comme un état indépendant, mais seulement comme un territoire autonome. Il appartient au Danemark, mais le gouvernement danois ne gère aucune affaire intérieure des Féroé (comme les massacres de dauphins, par exemple). L’archipel organise un championnat de foot depuis 1942. La fédération, créée en 1979 adhère à la FIFA depuis 1988.

Son cas ressemble à celui de Tahiti. Depuis 1990, l’île française a une équipe nationale qui regroupe les meilleurs joueurs de Polynésie Française et qui dispute les épreuves internationales de la zone Océanie. Elle peut donc tout à fait se qualifier pour la Coupe du Monde. C’est aussi le cas de la Nouvelle-Calédonie, affiliée à la FIFA en 2004.

Par contre, les équipes de Guadeloupe et de Martinique, qui disputent la Gold Cup (championnat d’Amérique Centrale et du Nord), ne sont pas reconnues par la FIFA et ne peuvent (pas encore) disputer les éliminatoires de la Coupe du Monde.

Au sud de l’Espagne, Gibraltar est un territoire britannique d’outre-mer. Sa Fédération et son équipe nationale existent depuis 1986 mais elles ont dû attendre 2013 pour intégrer la FIFA et l’UEFA.

Certains états sont bien reconnus par l’ONU, mais tellement petits qu’ils hésitent à lancer une équipe nationale. Le Vatican a bien monté son équipe nationale en 1994, mais il n’ose pas encore l’inscrire à la FIFA, ni même à l’UEFA.

La Principauté de Monaco, indépendante depuis 1297, a un club très connu, l’AS Monaco, plusieurs fois champion de France et plusieurs fois finaliste des Coupes d’Europe. La principauté a également une équipe nationale depuis l’an 2000, mais elle n’est pas inscrite à la FIFA.

Dans le monde merveilleux des principautés, Monaco est une exception. Beaucoup d’autres états similaires ont aujourd’hui leur équipe nationale. Comme le Liechtenstein, coincée entre la Suisse et l’Autriche. Sa Fédération adhère à la FIFA et son équipe nationale dispute les éliminatoires de la zone Europe. Ses clubs, par contre, disputent les championnats suisses. Le FC Vaduz évolue même en première division helvétique. Mais il ne pourra jamais être déclaré champion de Suisse, même s’il termine en tête du classement. A quoi bon disputer un championnat que l’on ne remportera jamais ?

Saint-Marin est une République indépendante enclavée en Italie. Sa Fédération adhère à la FIFA et son équipe nationale dispute les éliminatoires de la zone Europe (elle n’a jusqu’à présent jamais remporté le moindre match !). Ses clubs disputent le championnat de Saint-Marin sauf le Saint Marino Calcio, qui dispute le championnat italien de série C1 (troisième division).

Andorre est une très ancienne Principauté coincée entre la France et l’Espagne. Sa Fédération adhère à la FIFA et son équipe nationale dispute depuis 1998 les éliminatoires de la zone Europe.

Drôle de continents

Si le globe est composé de cinq continents, le monde du foot en compte six. L’Amérique est en effet coupée en deux entre le Concacaf (Amérique centrale et du Nord) et le Comnebol (Amérique du Sud). La composition de ces continents est parfois un peu curieuse. Ainsi le Suriname, partie intégrante de l’Amérique du Sud, ne fait pas partie de la zone Comnebol et doit ferrailler avec le Concacaf, tout comme les îles Trinitad-et-Tobago, qui baignent au large du Vénézuela.

L’Europe compte en son sein Israël. L’état hébreu est bien implanté en Asie, mais il n’est pas reconnu par ses voisins arabes, et donc non inscrit dans la Confédération Asiatique. La présence d’autres pays dans le giron européen est tout aussi discuté. La Turquie a depuis toujours participé aux compétitions européennes de football bien qu’une grande partie de son territoire se trouve en Asie. Cela n’a jusqu’alors jamais vraiment posé de problèmes, tant que la sélection ottomane demeurait une équipe assez faible. Mais depuis qu’elle obtient de probants résultats, ses adversaires s’interrogent sur sa place dans le vieux continent. La même interrogation pourrait se porter sur la Russie et l’Azerbaidjan, deux pays également à cheval sur deux continents.

L’Asie quand à elle invite depuis 2006 l’équipe d’Australie à participer à ses éliminatoires. Il faut dire que celle-ci était un peu lassée de disputer sa qualification dans la zone Océanie… qui ne garantit pas toujours une place en Coupe du Monde. Mieux vaut donc s’escrimer avec les nations asiatiques, dont la plupart sont à sa portée.

En Amérique du Sud, la Copa América a tenté de s’ouvrir sur le monde. Depuis le début des années 1990, elle invite des nations d’Amérique du Nord comme le Mexique et les Etats Unis, mais aussi le Costa Rica, Haïti, le Honduras, la Jamaïque, Panama… ce qui reste cohérent. Ce qui le devient beaucoup moins par contre est lorsqu’elle invite le Japon, l’Espagne, le Qatar ou l’Australie. A quand la Corée du Sud championne d’Amérique du Sud ?